|
Page 2 sur 6
Je me trouve face à l’océan… Les pensées dans le vague et l’âme pointée vers l’horizon. Une petite brise subtile traverse la plage, surfant sur les ondulations du lagon et provoquant des courants d’air chaud entre les palmes. Je ferme les yeux pour mieux humer les odeurs du vent, m’imprégner de l’intemporalité de l’instant tout comme de l’intense jouissance qu’ils me procurent.
Des trois kilomètres de la plage de Trou aux Biches, la réalité fait ici place à l’imaginaire nourri tout au long de mes nombreux voyages. De plus, la beauté des lieux, en plongée, se succède à l’extérieur du lagon. Une fois dans l’eau, mes perceptions habituelles reviennent malgré une excitation toujours constante, presque virginale : les impressions étranges, le corps si différent, l’esprit perturbé, l’âme qui s’envole… Peut-être ? Plongée dans l’émotion, pleine de sens. Ravissement de l’instant.
Pour aimer la mer, il faut rêver d’elle. L’extraordinaire voyage dans l’océan commence dans sa tête en stimulant un esprit aventureux : dans ce monde sous-marin, à la fois magique et mystérieux, se mêlent toutes les formes de vie. Du plus petit au plus fou. Du plus coloré au plus étrange.
Dans mon enfance déjà, j’imaginais l’océan Indien avec des Peaux-Rouges sous l’eau… au galop, chevauchant des plaines enfouies et poursuivis par des requins ! Plus tard, le rêve est toujours là. Sans Apaches ni Cheyennes mais avec les squales. Une vie ne suffit pas pour jouir de tout ce qu’il y a de beau sous la surface…Je côtoie, dans ce vaste monde, une féerie corallienne de couleurs vives au milieu de poissons heureux. Je me sens tel un extraterrestre se glissant impunément au milieu d’une nature généreuse, frôlant des anges, des papillons, des clowns, des cochets, des perroquets, des lions, des coffres, des raies tachetées ou des tortues débonnaires. D’un petit signe de la main, je salue les autochtones. Si je connaissais leur langage, il est certain que je m’exprimerais à eux avec ravissement dans un état de quasi-béatitude. Cousteau disait : « C’est beau la vie, surtout sous l’eau ! ».
Lors de l’un de mes jours plongée, l’épave du Stella Maru, un bateau de pêche de 44m de long sur 7m de large, s’étale à 24m sur le sable blanc, bien droite, toujours fière depuis son immersion décidée le 6 décembre 1987 pour le bien-être des plongeurs ( quand la législation française autorisera t’elle ce genre d’initiative aux conséquences positives pour tous, y compris pour les poissons ? ). Une dizaine de barracudas accompagnent ma descente en pleine eau. Aussitôt une nuée de poissons papillons m’attendent sur le pont : l’un d’eux, encore plus téméraire, vient même tapoter la vitre de mon masque. Un baliste titan, dépourvu de toute aucune agressivité (pour une fois !), poursuit mon binôme : pas de coups de dents, rires, étonnement de la palanquée… Que la nature est bizarre ! Un banc de rougets pâlichons observe la scène tandis que notre guide me fait un signe complice pour me montrer deux gobies posés sur une branche de corail jaune. Apparemment, c’est son secret et merci à lui de bien vouloir le partager avec moi… clic.
A Lost anchor, on retrouve bien la grosse ancre perdue depuis le XVIIème siècle et coincée dans le rocher vers 25m de fond. Tout près, un labre curieux joue à cache-cache avec moi derrière une immense gorgone Subergorgia mollis. Un léger courant nous pousse vers le site de Holt’s rocks : deux plongées pour le prix d’une ! hi hi hi. Un poulpe change sa robe pour se fondre dans le substrat à deux pas d’un magnifique nudibranche Nembrotha vert et rouge. Puis, rendez-vous avec un couple de balistes intimes qui nous mène à la fameuse grosse murène de Java annoncée lors du briefing. Puis, show et danse sensuelle de la bête de deux mètres et du plongeur : un beau moment d’émotion que celui de voir Hugues caresser langoureusement cette énorme murène ! Le compte est bon.
|