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Sur le site du Chaudron, Jean-Michel décide de nous faire plonger à l’étal pour laisse
r un peu reposer nos palmes en observant sereinement une trentaine de perroquets à bosse broutant le substrat et nous gratifier de nuages denses d’excréments. Sympas les poissons ! Un énorme baliste Titan déguste, sans se soucier de ma présence, un gros oursin. Une tentative d’intimidation de sa part vers le dôme de mon caisson photographique me rappelle à la prudence… Un nudibranche dépose délicatement sa ponte. Entre ces multiples scènes biologiques, nous évoluons dans un monde de fantasmes en technicolor ! Encore et encore du beau. La petite
ascension de Pulau Gili Lawa Darat pour observer le coucher de soleil nous permet de dégourdir nos jambes. J’adore particulièrement cette alternance de découvertes aussi intenses à terre que sous l’eau : superposition des gris dans les nuages, deux aigles dans le ciel surveillant leur aiglon encore dans son nid de pierres, quelques dauphins Tursiops truncatus près de nous alors que deux poissons-volants décollent. Les plaisirs se mélangent dans la tête.
Souvent, à l’heure du thé, entre deux parts de gâteau à la banane, notre guide irlandaise Deirdre nous compte ses nombreuses années passées dans la région, avec encore beaucoup de passion à partager… En même temps, Jean-Michel traduit, avec humour souvent, pour ceux qui maîtrisent moins bien la langue de Shakespeare. Des moments intimes dont on raffole, avec vue sur les palétuviers de la mangrove du nord de Komodo et, au loin, sur les palmiers qui frangent la colline. Tic-tac dit l’horloge du temps. Puis les minutes ralentissen
t jusqu’à devenir des heures alors que les étoiles veillent sur nous et que, peu à peu, le noir absolu enveloppe Monalisa. C’est peut-être cela la théorie de la relativité ?
La plongée sur K2 nous réserve des surprises avec les crabes et les nudibranches jaunes ou noirs dissimulés entre les pattes des crinoïdes aux couleurs identiques. Les juvéniles de gaterins ( Plectorhinchus chaetodontoides ) sont toujours aussi espiègles avec leur corps constamment mobiles, la tête en bas et déguisés en clown, rouge à pois blancs. Ils attirent la sympathie des plongeurs, à l’unanimité !
Une heure plus tard, nos yeux encore plein de souvenirs se délectent du sourire de notre pilote Darwis, coiffé de son chapeau traditionnel avec, comme arrière-plan, le volcan Sangeang qui culmine à 1930 mètres, auréolé de ses nuages blancs. Trois papillons orange nous accompagnent en se jouant des vagues… Après un mouillage serein dans une baie déserte ( comme toutes les nuits d’ailleurs ! ), notre plongée au nord de l’île Banta reste un vrai dilemme :
- Jean-Michel ( avec l’accent belge ) : « Ici, nous sommes sur le site de Starswar… » - Deirdre ( avec l’accent irlandais ) : « Non, c’est Starswall ! - Jean-Michel : « Starswar, je te dis. » - Deirdre : « Je t’assure, on est sur Starswall. » - Jean-Michel : « Mais il n’y a pas de mur, ça descend en pente douce jusqu’au sable à trente mètres. » - Deirdre : « Ok mais il y des étoiles, nombreuses et magnifiques. » - Jean-Michel : « … » - Deirdre : « Oui, c’est magique au fond. Ca scintille véritablement ! » Eclats de rire et fin de la discussion.
En effet, une palette de couleurs infinies brillants sous la surface nous ébloui presque, avec une dominante orange due aux alcyonaires très caractéristiques des îles de la Sonde : A rendre jaloux Léonard de Vinci… Pour moi, la demi-heure en tête-à-tête avec un minuscule crabe orang-outan dans sa superbe anémone reste un vrai régal : il a les muscles, les poils et la couleur du singe dont il porte le nom mais mesure deux centimètres à peine. C’est sûr qu’il n’a pas le doux visage de la Joconde. Une erreur de la nature ? Les biologistes ont vraiment le sens de l’imagination !
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