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Voyage plongée Philippines: Visayas un parfum de paradis
La vue imprenable, au couchant, sur les îles Banian et Pescador contribue largement au sentiment de sérénité qui gagne le visiteur dès son arrivée à Moalboal, sur l’île de Cebu, aux Philippines. Ici, rien ne sert de courir, on peut prendre son temps. Les îles sont nées de la mer et pour la mer. C’est en partant de ces constats que Chris et Fé White ont décidé de créer ce lieu conceptuel et magique. Pari réussi...

Après deux heures et demi d’une route aussi sinueuse que typique depuis l’aéroport de Mactan, à travers les champs de Nippa ( sorte de palmiers servant à fabriquer les toits ), les rizières parsemés de buffles, nous arrivons au Turtle Bay Dive Resort et ses seize charmants bungalows de style anglo-philippin. Chaque chambre, équipée d’un ventilateur et d’air conditionné avec salle de bain et eau chaude, un petit balcon, est à deux pas de la jetée qui plonge directement sur le récif corallien. Une superbe piscine entourée d’un jardin tropical vient ajouter une note classieuse à ce décor déjà idyllique d’îléité (*). Quelques coqs viennent rythmer, de leur chant, les heures qui passent… Le décor est maintenant campé : place à la plongée !

Et si à Cebu, on se mettait à la macro ? A nous les petites bêtes, les infimes détails, les animalicules, toutes ces monstruosités douces qui rivalisent ici d’originalité et de bizarrerie, comme des jeux du cirque en modèle réduit. Une envie folle de découverte, d’observation aiguë, nous saisit en flânant au gré du léger courant ou en voyant poindre , au détour d’un corail, les yeux pétillants d’un animal curieux. Et bien, voici de quoi nous satisfaire car de véritables arcs-en-ciel sous-marins s’offrent à nous !
En effet, les Philippines représentent une destination incontournable pour les amateurs de fonds sous-marins. Leurs eaux livrent, même aux novices, un univers étonnant où les coraux aux formes exubérantes abritent une vie riche et préservée. Entre les gorgones multicolores et les coraux étranges où les poissons-mandarins ( Synchiropus splendidus ) à Mandarin point et les poissons-crapauds ( Antennarus pictus ) à Pescador s’épanouissent sans entrave, on ne peut pas être déçu. A l’unanimité des plongeurs-photographes, la plupart des belles espèces se trouvent ici. Comblant nos besoins effreinés voire obsessionnels, d’étrange, cette destination fait notre bonheur, de jour comme de nuit : uranoscopes, poissons-éperviers, syngnathes, crabes-porcelaines, poissons-anguilles, poissons-rasoirs, soles, crevettes transparentes, anguilles de sable, bernards-l’ermite, cônes, étoiles de mer-coussins, oursins bleus sans négliger quelques poissons-clowns, murènes, ptéroïs volitans et radiata et autres labres, avec au passage bien sûr, quelques tortues avec leurs rémoras, des barracudas, des carangues en chasse dans le bleu, des méduses, du macroplancton. Un requin-baleine parfois. Avec un peu de chance…


Les petits animaux sous-marins ont une capacité stupéfiante de s’adapter à leur environnement. Comme sur terre, ceux-ci subissent le stress, la faim et les attaques répétées. Pour résister, ils ne peuvent compter que sur leur ingéniosité. Ils mettent donc en permanence au point des parades qui leur permettent de survivre. Pour se nourrir, s’accoupler, se reproduire, se camoufler, se défendre…
Tous ces microorganismes sont parfois très difficiles à observer, mais ici, grâce à nos guides toujours disponibles et attentionnés, munis de leur baguette magique, d’une loupe et d’une lampe, tout semble plus facile. Et la photographie de surcroît. Ils dégagent délicatement les polypes des gorgones, soulèvent légèrement le manteau d’une anémone, déplacent avec douceur les petits crabes ou font s’envoler discrètement les crevettes pour que la magie s’opère laissant apparaître, face à nos objectifs, les vedettes de cet archipel des Visayas. Y compris l’hippocampe-pygmée jaune de Dolphin House, à moins vingt-et-un mètres, blotti dans sa gorgone.
Plonger dans ces eaux enseigne la patience, en contraste avec la vitesse de notre monde habituel. Comme une protection, un accueil, un certain refuge peut-être. Ces lieux paisibles permettent à nous, photographes, d’exercer notre sens artistique.

Sous l’eau, un véritable dialogue intérieur s’instaure et continue même au bar de l’hôtel, autour d’un apéro bien sympathique : la fraternité n’est pas loin…La piscine aussi est une invitation à la paresse que l’on prolonge, par quelques brasses, avant une autre immersion. Entre ciel et mer, on se sent de plus en plus léger, tel un entre-deux où la notion d’espace-temps prend toute son importance. La photographie partagée est un chemin vers la connaissance qui apporte joie et plaisir ; le goût de la beauté et le respect . Les océans, véritables toiles de fond des îles, sont des lieux où l’infini et le merveilleux se côtoient.
Toutes les expériences menées à ce jour prouvent qu’en condition d’apesanteur lors d’un voyage-plongée, l’être humain palmé voit son sentiment de bien-être augmenter et son niveau de stress diminuer de façon significative. Si on le plonge dans l’eau, il en ressort mouillé dans tous les cas pour atteindre alors un état de quasi-béatitude presque à coup sûr ! Tenter d’arrêter le temps comme dans un conte de fées… Réaliser ses rêves et voir la vie comme on la souhaite en confondant scrupuleusement les deux mondes objectif et subjectif, terrestre et sous-marin, avec cette infinitésimale interface liquidienne comme fragile frontière : même si le futur ne ressemblera plus jamais au passé. Voici mon pari ( cf. Fondation C.A.P. )


La mer est une fête. Partir en voyage, une parenthèse, un plaisir à part entière, un moment de vie qui ne se brade pas. Survoler les océans : un spectacle où les départs et les arrivées sont mis en scène et magnifiés par les îles. C’est dans ce cadre visuel que me viennent volontiers les mots pour écrire sur les images qui m’ont imbibé, depuis des années, au fil de mes multiples périples. Comme si les traces laissées par ces instants vécus parviennent, rien que par la pensée, à s’ajouter aux précédentes ; comme si mon désir pour une photographie se renforce de celles d’avant ; comme si…
Mais les faits sont là : je suis bien aux Philippines pour plonger, me délecter de cette eau chaude et claire qui me caresse la peau, m’imprégner la rétine des beautés de la nature, celles qu’on espère immortelles car fragiles. Ma perpétuelle sensation de passer de l’autre côté du miroir y est ici encore plus forte, et les images encore plus nettes même si je les vois de plus en plus avec des yeux de gosse.

Longtemps j’ai voyagé, pensant que la mémoire était illimitée. Puis est venue la photographie. Grâce à elle, j’ai découvert le temps qui passe. Mes deux yeux gravaient à jamais, ou presque, ce que je voyais. J’ai eu ainsi le pouvoir de montrer, de faire vivre aux autres des instants de vie, longtemps après. Avec les images, on recrée la vie… Pourquoi pas ?
Ainsi, l’île Pescador, à trente minutes de bateau vers l’ouest, est le lieu de plongées très différentes de celles du récif de Tongo qui borde la péninsule de Copton où se trouve l’hôtel. Nous mouillons à l’abri du Amihan, le vent du nord, l’Habagat étant le vent du sud. Ici, la notion de verticalité prend tout son sens. Au nord-ouest de l’île, vers trente-trois mètres de profondeur, nous pénétrons, par une entrée large, la célèbre « grotte cathédrale » tapissée de rayons de lumière qui nous attirent vers deux sorties à moins vingt-sept mètres. Les quelques bulles expirées par Jérôme et Philippe éclairent de leur reflet les parois plus sombres, laissant apparaître des gorgones de belle envergure. Plus loin, sur le tombant, le courant léger nous permet de découvrir deux gros poissons-crapauds blanc-gris en équilibre sur leur éponge-tuyau respective. Probablement habitués aux photographes, ils prennent la pose et la garde pour notre plus grand plaisir ! Un crabe-orang-outan ( Achaeus japonicus ), blotti dans son anémone ronde, observe la scène.


Au retour, certains plongeurs décident de finir leur air près de la jetée où toute une faune intéressante y a élu domicile : porcelaines, crabes, crevettes. Plongées illimitées, vous avez dit ?
Les plongées sur White Beach nous permettent d’approcher le superbe poisson-cardinal Pajama ( Sphaeramia nematoptera ), le gobi ( Amblyeleotris randalli ) avec sa crevette, le poisson-fantôme arlequin ( Solenostomus paradoxus ), le nudibranche blanc à liserai jaune ( Ardeadoris egretta ) ou le noir à liserai bleu ou encore le minuscule hippocampe-pygmée ( Hippocampus barbiganti ). Et, comme ils sont curieux, ce poisson-feuille ( Philinopsis gardineri ) juvénile et cette crevette ( Periclemenes cornutus ) enfouie dans sa crinoïde jaune.

A Copton Point, l’épave du fuselage d’un avion posé sur le sable dans la zone des vingt mètres représente un sujet intéressant pour les photos d’ambiance. Elle est entourée d’hétérocongres toujours aussi timides. Une superbe colonie d’ascidies bleu fluo vient décorer l’avant droit de l’appareil apportant une note de gaieté à ce sujet assez austère : la vie reprend ses droits. Yes !
Peu de temps après, les plongées nocturnes sur René Point, à cinq minutes seulement en sortant à gauche de Turtle Bay Dive Resort, nous réservent les plus étranges surprises après un ballet de multiples hirondelles qui nous regardent nous immerger. Mouillage sur un mètre vingt, profondeur maxi sept mètres, fond de sable avec, à la clef, un uranoscope ( Uranoscopus chinensis ), des anguilles-serpents, des vers plats Acanthozon, un hippocampe à bandes ( Doryramphus dactyliophorus ), un combat d’oursins ( ? ), des diodons, des Ptéroïs endormis, des crevettes sexy, cinq espèces différentes d’étoiles de mer, un cérianthe qui dévore des petits vers ou des petites crevettes ( je ne sais pas vraiment car c’est trop petit pour mes yeux… ). Nous quittons, quatre-vingt minutes plus tard, ce monde étrange et mystérieux, observés par des dizaines de paire de petits yeux rouges : les crevettes nous regardent percer la surface et rejoindre notre hôtel confortable. Heureux.

Un certain soir, nous décidons de ne pas plonger : la seule fois du séjour. Pour aller faire quelques achats à Panagsama et boire un verre au bord de l’eau. Un Pastis-orange. Pourquoi pas ? Bien sûr, ce n’est pas le duty-free de Hong Kong au niveau choix mais on y trouve tout de même quelques souvenirs typiques en bois ou en osier. En fait, c’est surtout la balade de dix minutes en tricycle, avec cinq personnes plus le conducteur à bord et à travers les maisons traditionnelles, les gosses souriants, les chiens inconscients, les vaches et les chèvres, qui est agréable : un soupçon d’aventure effleure nos pensées. Voici les Philippines authentiques. Quel plaisir aussi de profiter du sourire du petit Kenny qui pêche de sa boîte en bois, en guise de barque !


Les jours défilent peu à peu, comme les nuages qui, de temps en temps, nous effacent le soleil. Heureusement, pour les photos d’ambiance, la lumière est là, à Talisay Wall où le tombant plonge à moins cinquante mètres et au-delà. Deux tortues imposantes, ornées de leurs fidèles rémoras, attendent entre une grande gorgone jaune et une superbe éponge-oreille d’éléphant. Un moment paisible où la pression se fait sentir : discrète mais présente… Un grand banc de poissons-rasoirs me ramènent à une profondeur plus classique où je rejoins Bibit, mon guide pour cette semaine. Il ne peut s’empêcher de me montrer un minuscule poisson-clown, de quelques millimètres seulement, dans sa petite anémone proportionnelle à sa taille. Le gros diodon et les poissons-clowns Amphiprion frenatus sont toujours là à moins cinq mètres. Soudain, j’entend des bruits sourds. Personne à droite, personne à gauche. Juste au-dessus de ma tête, j’aperçois un curieux poulpe qui nage par saccades à l’horizontale vers moins dix mètres. Mon regard est alors attiré par un pêcheur qui traîne le leure. Il me fait signe de sa « bangka », en surface. Je lui répond par un signe de la main. Echange complice entre deux cultures. L’ancien et le moderne. Lui, des petites lunettes rondes, une pagaïe et un fil. Moi, mano, ordi et appareil photo. Dans le même lieu. Deux approches différentes de la mer… Avec seul un sourire comme lien.


 
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