Paradise Plongée: Quand et à quelle occasion avez-vous commencé à plonger ?
Christophe Migeon: Jusqu’en 1991, j’étais guide-accompagnateur pour un TO qui s’appelait Déserts. Je partais avec des groupes de randonneurs au Sahara ou en Australie. Mes préoccupations étaient donc plutôt éloignées des océans. Et puis la guerre du Golfe, la première, est arrivée, le secteur du « tourisme d’aventure » comme on l’appelait à l’époque a bu la tasse et les accompagnateurs avec. J’ai ressorti mon diplôme de l’Ecole de commerce et je suis rentré dans le rang avec un boulot d’acheteur pour une grande chaîne de distribution de vêtements plutôt bien payé. Juste avant de commencer, je me suis offert une semaine de plongée en Tunisie pour voir à quoi ressemblait l’activité. Le baptême a été laborieux, j’avais mal fait mon Valsalva et les oreilles me faisaient un mal de chien. Mais j’ai rien dit au moniteur, je croyais que c’était normal. Heureusement le gars ne m’a pas emmené très profond…Une fois rentré en France, je me suis inscrit immédiatement au club de Vincennes, où j’ai enchaîné tous les diplômes. Depuis, je fais bien mes valsalva.
Paradise Plongée: Expliquez nous votre parcours plongée jusqu’à ce jour ?
Christophe Migeon: La plongée est devenue tout de suite une monomanie. Pendant plus de 12 ans, j’y ai consacré l’essentiel de mon temps libre, vacances, week-ends. C’est assez curieux, mais pour la première fois de ma vie, j’ai eu l’impression que j’allais pouvoir maîtriser parfaitement une discipline, que j’allais pouvoir devenir vraiment bon dans quelque chose. J’ai éprouvé une extraordinaire soif d’apprendre dans ces années là. En technique bien sûr, puisqu’il n’y a pas vraiment moyen d’y échapper, mais surtout dans les deux activités sous-marines primordiales à mes yeux, la photo et ce qu’on appelle pompeusement la biologie, autrement dit l’étude des animaux rencontrés sous l’eau. L’une ne va pas sans l’autre. Comprendre ce que l’on voit et en rapporter des images, voilà pour moi l’objectif d’une plongée. Je suis effaré par l’ignorance crasse et surtout l’absence complète de curiosité d’un grand nombre de plongeurs envers la faune sous-marine. Ces gens là dépensent une fortune pour se former, faire des remontées assistées et des décapelages par 20m de fond, et une fois les brevets en poche font des explorations en aveugle, ne savent pas où chercher les animaux, ne comprennent pas ce qu’ils voient ou ne reconnaissent que quelques espèces de poissons généralement de plus de 50 cm. J’avoue que ça me dépasse ! J’ai donc expédié mes brevets techniques, MF1 en 95, BEES1 en 96, pour qu’on me laisse plonger en paix avec qui je veux et où je veux, mon centre d’intérêt étant bien sûr axé essentiellement sur la bio marine. J’ai eu envie de partager ces connaissances et j’ai donc passé différents niveaux pour enseigner dans le cadre fédéral. Je suis devenu MF2 Bio en 2004.
Paradise Plongée: Dans quels endroits du monde avez-vous plongé ?
Christophe Migeon: Eau chaude, eau froide, avec, le temps passant, une attirance de plus en plus forte pour l’eau froide. Pendant toutes les années où je gagnais correctement ma vie, j’ai fait ce qu’on peut appeler du tourisme sous-marin. J’ai visité le monde sous l’eau : Egypte, Soudan, Djibouti, Oman, Madagascar, Maldives, Birmanie, Indonésie, Papouasie, Tasmanie, Nouvelle-Calédonie, Californie, Bahamas, Cuba, Norvège et puis le formidable Pacifique est (Mer de Cortez, Socorro, Galapagos, Malpelo). Pour mon boulot, je partais souvent en voyage d’affaire en Extrême-Orient, j’emmenais la plupart du temps mon sac de plongée et me débrouillais pour plonger le week-end, j’ai ainsi trempé mes palmes dans des coins qui ne méritent pas forcément le détour comme Hong-Kong ou Singapour. Enfin, c’était toujours mieux que la piscine. Mon coin de prédilection reste quand même la Bretagne et en particulier l’Aber Benoît. Certes, l’eau y est fraîche, mais quelle vie !
Paradise Plongée: Comment en êtes vous venu à faire du reportage sous-marin ?
Christophe Migeon: J’allais régulièrement au salon nautique, de temps en temps, j’emportais quelques planches de diapos avec moi pour voir si je pouvais essayer de placer un article dans une revue. A chaque fois, c’était la même réponse : « tes photos sont pas mal Coco, mais tu n’as pas d’histoire ». C’était vrai…J’avais aucun sujet. Et puis en 98, Pierre Camus, le redac chef d’Océans m’a donné ma chance avec un article sur la Tasmanie. La suite s’est bien goupillée. En fait depuis que j’étais ado, j’avais envie de faire du reportage magazine. J’étais abonné très tôt à des revues comme National Geographic ou Terre Sauvage. Et puis après le bac, je n’ai pas osé me lancer dans une aventureuse carrière de reporter. J’ai fait des études bien propres sur elles-mêmes qui permettait d’obtenir un bon poste et un chèque à la fin du mois. Manque de courage et peut-être de maturité. En tout cas, l’idée de devenir ‘reporter’ ne m’avait jamais quitté pendant toutes ces années. J’ai commencé à avoir peur de passer à côté de mon rêve, sans doute de devenir frustré. En 2002, encouragé par mes premiers essais, je me suis senti assez fort (ou assez fou) pour lâcher mon job d’acheteur et me consacrer au reportage à temps plein. Inutile de dire qu’il y a eu des moments difficiles…
Paradise Plongée: Vivre professionnellement de la photo et des reportages, c’est possible aujourd’hui ?
Christophe Migeon: Oui et non. Ce n’est pas une question facile à vrai dire. Je ne voudrais pas tuer dans l’œuf une passion qui s’éveille mais en même temps il faut dire aux gens la réalité du terrain. Et après tout, j’y suis bien arrivé. Disons que c’est possible si on ne se cantonne pas au monde sous-marin. Le monde de la plongée en France est ridiculement petit. Nous ne sommes malheureusement pas aux USA. Le nombre de mag plongée en France est très réduit et seuls 2 ou 3 ont les moyens de payer les reportages. Combien ? Pas lourd. Dans les 75 € la page texte et photos. Vous voyez que pour en vivre vous pouvez vous lever de bonne heure ! Je pense qu’il y a moyen de vivre du reportage à deux conditions : d’abord être capable de faire texte ET photos. Il faut être capable de vendre du reportage clé en main, c'est-à-dire de faire de la belle image mais en même temps raconter une histoire. Ce n’est pas toujours facile. Ensuite, il faut s’investir dans une autre discipline. Personnellement, j’ai déboulé dans le monde du trek par hasard, à la suite d’un voyage de presse. C’est grâce au trek et à la randonnée que je peux aujourd’hui m’en sortir financièrement. Mais dans tous les cas, à moins d’être un gros veinard ou d’être très doué, il faut accepter de mener un train de vie modeste. Cet ascétisme n’est heureusement pas pour me déplaire. Pigiste est un boulot où on se sent parfois très seul. Parfois pendant des semaines le téléphone ne sonne pas. Les rédactions ne répondent pas à vos mails ou déclinent vos propositions. On a l’impression d’être oublié du monde. Et puis d’un coup, les affaires reprennent sans crier gare. Généralement tout le monde se réveille en même temps. Aux mornes périodes creuses succèdent d’un coup des épisodes d’euphorie où l’on décroche de beaux reportages. Il faut avoir un moral solide pour ne pas trop s’emballer pendant les jours fastes et ne pas trop déprimer les jours sans.
Paradise Plongée: Sur quels magazines intervenez vous régulièrement ?
Christophe Migeon: Océans, Buceadores en Espagne pour la plongée. Pour le trek, je travaille en tant que reporter salarié (enfin…) pour un nouveau magazine de voyage, Road book, dont le premier numéro sort fin septembre 2006. Ce sera un beau trimestriel vendu avec un DVD qui reprendra les sujets du mag, le tout associé à un grand site web
www.roadbookmedia.com. Je suis très content d’intégrer une équipe et d’apprendre la fabrication d’un magazine de A à Z. Ca va parler de trek bien sûr, mais plus généralement de voyages impliqués, au contact de la nature ou des gens. J’espère bien y placer quelques sujets sous-marins…
Je travaille aussi assez régulièrement pour les rubriques voyages de la presse généraliste comme l’Express, VSD ou encore Hors Ligne, le magazine in flight de la Swiss Air.
Paradise Plongée: Matériels photo généralement utilisés ?
Christophe Migeon: J’ai toujours avec moi sous l’eau mon vieux compagnon, mon Nikon RS dont la production a été arrêtée depuis des lustres, mais qui fonctionne toujours malgré quelques prises d’eau mémorables. J’ai fait la quasi-totalité de mes plongées avec lui. Alors, on est un peu comme un vieux couple, dans une relation d’amour-haine. J’adore son viseur extraordinairement large et confortable, son fabuleux 13mm et son faible volume. En revanche, la lenteur de l’autofocus du 50mm macro, l’absence de 100mm macro et l’impossibilité de faire du mi-air mi-eau me désespèrent. Sans doute un jour vais-je casser la tirelire pour m’équiper en numérique. D’autant qu’en terrestre, je suis parfaitement heureux avec mon Nikon D2X.

Superbe la photo du bas de l'interview!!!(un moment j'ai cru que c'était Pierre C. avec des poils en plus!)
Eh voila, quand on est par monts et vaux, ce qui arrive à des bijoux de famille!
Heureusement que tu a mis un filet de rabattage, tu peut te déplacer sans les porter !!!
COULYBALI DE l'OUEST
PS:GOODLUCK FOR ROADBOOKMAG