Willemstad, la capitale séparée par un bras de mer en deux parties Pumba et Otrabanda, mérite une visite d’une journée afin d’apprécier l’ambiance du marché flottant de Sha Caprileskade, d’effectuer quelques achats en flânant sur Breederstraat ou Hanchi Snoa ou bien de boire un verre sur la place Jo Jo Correa. Le malheureux voyageur n’a que l’embarras du choix ! Mais l’intérêt principal réside bien sûr dans l’eau turquoise qui cerne l’île, une invitation cristalline aux plongées quotidiennes. Si les adeptes du tout-petit sont très vite aux anges, les amateurs d’émotions fortes seront en revanche peut être déçus : les gros poissons ne sont pas légion. Il est néanmoins possible

de rencontrer quelques tarpons connus pour fréquenter East Point, une pointe prolongée d’un récif qui touche le sable blanc 30 mètres plus bas. Tugboat et Saba, deux remorqueurs de 28 mètres qui ont été immergés dans dix mètres d’eau, droits sur leur quille, constituent une bonne approche de la plongée sur épaves pour les débutants. Les poissons perroquet sont nombreux à déambuler dans les coursives pour peu que l’on accepte de leur donner pitance !
A contrario, le Superior Producer est un cargo de trente-cinq mètres qui a coulé, accidentellement, par trente-deux mètres de fond. L’émotion que l’on ressent montre que son âme vit encore… Sur le tombant qui fait face au Princess Hotel, Car Pile et Oswaldo’s sont deux plongées où j’apprécie un couple de Pomacanthus en parade amoureuse et une murène tachetée noir et blanc, petite mais agressive. Le soir, après m’être plié non sans plaisir, au rituel du coucher de soleil immortalisé par mon appareil photo, je n’hésite pas à gagner…ou perdre quelques dollars dans l’un des nombreux casinos de Curaçao. Le sourire de leurs hôtesses force à la dépense et l’on y offre «généreusement» à boire les boissons qui pourraient vous faire oublier le monde extérieur. Pourtant, le plaisir du jeu restant très secondaire à mes yeux, je consacre plus volontiers mon emploi du temps aux immersions, ce qui nécessite un minimum d’heures de sommeil !
Comme son nom l’indique, sur le site de Giant Sponge, les éponges tuyaux bleu–violet dépassent le mètre. Là, un beau spécimen d’Epinephelus itajara vient me côtoyer. La légende veut que ce soit un de ces mérous qui ait avalé Jonas et non une baleine, comme les livres le laissent entendre… Où est la vérité ? A Mushroom Forest, entre dix et vingt mètres, une multitude de poissons colorés se déplace en bancs, essayant d’éviter les dents acérées d’une dizaine de carangues en chasse. Les poissons flûtes, plus placides, se camouflent parmi les gorgones marron, parallèles aux branches. Les poissons coffres papillonnent d’une nage hésitante entre une patate de corail cerveau et des ramifications de coraux cornes de cerfs. Je joue maintenant à cache-cache avec une minuscule crevette bleue « curaçao » blottie dans une anémone. Iboya, mon guide curacéen, sourit dans son masque et j’aperçois ses belles dents blanches qui ourlent son détendeur. Il a l’air aussi satisfait que moi.
Le lendemain est consacré à la visite du Seaquarium à deux pas de mon hôtel de luxe, où plus de quarante personnes entretiennent 43 aquariums passionnants. Un bassin tactile permet aux clients de toucher certaines espèces telles les étoiles de mer, les holothuries où certains coquillages : tritons, casques… C’est une vraie leçon de nature. Mais le moment original (même s’il peut sembler superficiel aux yeux de certains naturalistes) reste ma plongé dans un large enclos de trois mètres de profondeur. Là, au pied d’une petite épave et muni une boîte hermétique contenant des sardines, je nourris des raies pastenagues ainsi qu’une multitude de poissons joueurs. D’autres touristes plus timorés me prennent en photo : le photographe photographié !
Plus tard, le guide m’incite à faire de même avec des tortues et huit requins citron et nourrices, à travers une glace d’un centimètre d’épaisseur percée d’orifices. Le plein de sensations fortes pour certains ou une simple curiosité pour d’autres ? L’essentiel, pour les uns, est que le public soit satisfait au regard des trois cents francs investis. Pour les autres le message écologique doit inciter au respect de la faune locale. La polémique du «feeding» reste cependant ouverte.
Grâce à mon certificat, je décide également de ne pas quitter Curaçao, sans une plongée au Nitrox. Un moyen d’accéder au dédale serré de coraux, de gorgones, de poissons et de coquillages si dense que l’on peut s’y promener comme par les chemins domestiqués d’une campagne amie.