C’est une fin tragique dont ils n’ont, hélas, pas l’apanage… Plus loin, un écureuil poursuivi par un oiseau s’échappe par les fils électriques ! Nous sommes à Key Largo, face au golfe de Floride, à 1h30 au-dessus de Miami. Comme son nom l’indique, cette île fait partie de l’archipel des Keys, au sud-est des Etats-Unis : la « Clef du Large ».

Alors qu’en compagnie de deux sternes criardes, j’observe un couple de limules, appelées ici crabe fer à cheval, qui s’accouplent dans cinquante centimètres d’eau, un mini ouragan commence à teinter le ciel de reflets argentés gris anthracite. La mer, calme d’habitude, s’ourle de vaguelettes sauvages. Le vent, au sifflement caractéristique, raisonne au ras du sol et plie les arbres.
Le sable se met à griffer les mollets. Il est plus que temps de réintégrer sa chambre d’hôtel ! Faute de pouvoir plonger aujourd’hui, l’heure est aux souvenirs de la veille…
Le Duane, ancien garde-côte de l’US Navy, coulé volontairement le 26 novembre 1987 par 35 mètres de fond, regorge de poissons divers et colorés et parmi lesquels je flirte avec deux superbes poissons anges. Le courant, assez fort, ne me permet d’explorer que la proue de ce superbe navire de 100 mètres de long qui repose maintenant, bien droit sur sa quille. Mises à part les concrétions coralliennes, j’ai l’impression qu’il navigue encore.
En revanche, le Bibb, identique au Duane, et coulé un jour plus tard, est couché sur son flanc tribord par 43 mètres. Son allure accentue le pathétisme du naufrage : mer calme, chaude, courant nul, visibilité proche des 35 mètres, une cloche de 1,50 mètres, plus de 20 barracudas et seulement trois plongeurs avec moi. La totale !
Ces deux épaves représentent un exemple concret d’immersion de bateaux dans un programme de récifs artificiels sur fond de sable. La richesse de ses sites « artificiels » justifie pleinement ces initiatives. On peut s’étonner que nos côtes n’en soient pas plus pourvues. Puisse ces quelques lignes être lues par nos décideurs !
Moins d’une heure plus tard, je me pose sur le sable de « French Reef » pour ma deuxième plongée. Mon ordinateur indique 9, 8 mètres. Sur un parterre de corail couverts de vers « chapeaux chinois », je me faufile dans un banc de snappers pour atteindre un groupe de poissons bagnards, blottis sous une roche. Ils m’observent étonnés. Leur immobilité est quasi-totale. On est saisi par l’impression qu’un peintre facétieux s’est amusé à les dupliquer.
A côté des épaves immergées, une autre initiative qui se pratique de plus en plus mais parfois un peu tardivement (Hurghada, les Mèdes, la Dominique…) et d’installer des bouées sur les lieux très plongés. Sur le site de « Molasses reef », au nom peu engageant, pas moins de 30 bouées attendent les bateaux pour des plongées de 6 à 25 mètres de profondeur. La richesse des lieux est étonnante alors qu’un demi-million de plongeurs y trempent annuellement leurs palmes ! Langoustes, murènes jaunes, poissons coffres, barracudas et quelquefois des raies aigles fréquentent les fonds préservés. C’est ici que j’ai sauvé une daurade à moitié étouffée par un ruban argenté en sectionnant de mon couteau le lien qui l’entravait. Un bon moyen pour redorer mon blason écolo !
Gary, qui m’accueille durant ce séjour, est ici depuis quinze ans. La cinquantaine dépassée, il a le verbe haut et en connaît un bout sur les vignobles français. Avec passion, il me fait visiter son club exemplaire, une pièce réservée à l’enseignement avec écran et projecteur de diapositives, la salle du caisson de décompression, tenue par le célèbre Dick Rutkowski à qui l’on doit le développement de la plongée aux mélanges aux Etats-Unis. Ici, j’admire une vingtaine de superbes casques, équipement pieds-lourds et autres recycleurs : un vrai musée !
Gary m’explique l’histoire du « Christ des abysses » accessible en apnée, que je retrouve le lendemain en même temps que l’épave du Benwood. Celle-ci a subi un vrai naufrage mais elle est en piteux état. Le site, visible de la surface, semble pauvre en apparence car peu coloré. En fait, c’est un aquarium qui s’offre aux yeux des plongeurs. Zut ! Je viens de prendre ma 36ème photo et j’ai toujours 150 b dans mon bloc…