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Emotions voyage plongée Kiribati: Kirimati
Aujourd’hui, les requins sont en fête. A moins qu’ils n’aient faim…Tandis qu’une volée de poissons bigarrés s’égayent en tous sens, une foule de petits « pointes noires » - la plupart mesure moins d’un mètre – s’agitent le long de la passe. Nous sommes à Kiritimati, l’ancienne île Christmas qui appartient à l’archipel des îles de la Ligne, au Nord-ouest des Marquises...

Au départ de la principale bourgade de l’île, London, de l’autre côté de la passe, nous avons mis trois heures pour venir ici, à Paris… Les missionnaires, à Kiritimati, ont reconstruit l’Europe ; un autre village a reçu le nom de Poland, sans doute pour faire bonne mesure.

Je regarde, fasciné, le manège des squales. L’un d‘eux dévore sous mes yeux un poisson que je n’ai même pas eu le temps d’identifier. Une idée me démange, en capturer un. Je n’y tiens plus et me glisse dans l’eau tiède jusqu’à la taille, sans qu’ils jugent utile d’interrompre leur manège. Une heure durant je vais ruser, manœuvrer, ourdir, comploter. J’arrive enfin à mes fins : un « pointe noire », au lieu de rejoindre ses congénère vers le milieu de la passe, choisit de s’échapper en nageant au-dessus d’un très petit fond. Aussitôt, je bondis comme un sauvage et le plaque sans ménagement contre le fond. Il se débat comme il peut mais d’une main je lui immobilise la queue, de l’autre je lui tiens fermement la tête. Il tente encore de mordre, de résister puis, très vite il s’abandonne, vaincu.

Je le sors de l’eau triomphalement, me fais photographier, mais prends garde à ce qu’il ne défaille pas en le ranimant régulièrement. J’ai fini par lui rendre sa liberté et l’ai regardé disparaître dans l’eau remuée de la passe. Voudra t’il prendre sa revanche un jour ?

Nous sommes trois français venus à Kiritimati en mission humanitaire à l’initiative d’une association « Bateau Fraternité » exclusivement composé de membres de professions médicales. Son originalité est d’agir à partir d’un catamaran qui permet de franchir les passes des lagons et d’accéder à toutes ces poussières d’îles répandues dans la Pacifique de part et d’autre de l’Equateur. Elles ont en commun le fait d’être accueillantes et très sous-médicalisées. Ce qui est une façon, pour nous, de joindre l’utile à l’agréable.

Mais les îles de la Ligne, juste au-dessus de l’Equateur, ne sont pas un paradis pour le plongeur. La houle du Pacifique, sur ces atolls qui émergent à peine, agit sans ménagement, troublant l’eau et rendant les navigations difficiles comme en témoignent les épaves échouées ici ou là. Les indigènes – les Gilbertains – ne sont d’ailleurs ni très marins ni plongeurs.

Pourtant les fonds regorgent de poissons et de langoustes, comme j’ai pu le vérifier en chassant à l’intérieur du lagon. Un motel, le seul de l’île qui compte environ 2 000 habitants, accueille des pécheurs américains qu’attirent les marlins qui rôdent à l’extérieur du récif quand ils ne pratiquent pas le surf-casting à l’intérieur du lagon.

Au moment de quitter l’île, qu’on ne peut rejoindre par avion qu’au départ d’Honolulu, j’aurai quand même le regret de ne pas avoir davantage exploré le lagon qui se fragmente dans un réseau compliqué de multiples mares.

Cet entrelacs rend un peu incertaines les promenades à pied sec dans l’île, notamment à marée haute.
Mais surtout je conserverai le souvenir d’instants magiques, irréels, celui des cocotiers qui chantent.
Au lever et au coucher du soleil, les jeunes grimpent au sommet des arbres pour en recueillir la sève dans des calebasses. Là, ils ne peuvent s’empêcher de chanter, de siffler des méthodes improvisées qui, d’arbre en arbre, gagnent toute l’île avant que le vent ne les emporte.

Henri Eskenazi
www.henrieskenazi.com
© Tout droit de reproduction réservé - Texte et photo H. Eskenazi


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