Une heure à peine après que notre pendulaire ait atterri sur le sol réunionnais, une superbe fleur jaune citron d’alamanda, aux cinq pétales veloutés s’écrase sur ma tête ! Un paille en queue, l’oiseau mythique des Mascareignes, traverse un ciel sans nuage…
La Réunion est fascinante, envoûtante. Petit morceau de France, la multiplicité des paysages rend difficile toute description exhaustive : des sommets majestueux aux côtes déchiquetées, en passant par les circulaires, les rivières et les cascades ou les plages, tout concourt à faire de l’ancienne île Bourbon un concentré de merveilles. Les contrastes sont saisissants, et les décors aussi colorés que les rougails que l’on déguste sous les filaos.
Au sud du pays, le volcan indécis r

end, encore davantage, la Réunion multiforme et, cette petite France recèle bien des trésors qu’il faut découvrir. Sous l’eau, la vie est aussi belle. Les poissons, couleur jaune ou vermillon, se laissent bercer par le courant d’Ouest pas encore gênant pour les photographier.
Une volée de barracudas se trouve à quinze mètres de la Tour de Boucan Canot. Sur le sable, plus de cent minuscules poissons chats luttent contre les vagues de fond pour éviter les prédateurs tout en cherchant leur pitance. Un véritable ballet en modèle réduit ! De temps à autre, l’un d’entre eux se retrouve à l’envers dans la bousculade : je pouffe dans mon détendeur sous l’oeil amusé de Nicolas, le responsable du club «O Sea Bleu». A Maharani, un minuscule Ptérois volitans se colle à mon 105 macro sans vouloir le quitter. La solitude doit lui peser et il prend son reflet pour un copain. Moi qui d’habitude use de toutes les ruses pour approcher les poissons, je suis servi. Contempler ainsi paisiblement ces paysages sous-marins originaux entre canyons, grottes et failles où se faufilent des sillons de sable, quel plaisir tranquille ! Puisse cette plongée et encore une autre, rester en mémoire. Longtemps…
La Réunion est, par excellence, le pays de l’eau, de l’air et du feu, plein du fracas de l’écume, du chuintement des arbres et de la chaleur humide. Il existe sûrement des îles plus belles mais aucune n’est plus variée, plus curieuse que celle-ci, faite d’éléments incertains, de mystères insulaires et de poésie créole. J’en oublie presque l’eau pour la terre, et la terre pour le ciel.
A Piège à Requin où, malheureusement, il est difficile de rencontrer cet animal, mon binôme joue toute la plongée, à trente-six mètres, avec une belle loche aux reflets violacés. Cette « plate » comme on la nomme ici, en créole, n’est pas farouche. Elle pose tel un modèle professionnel. Le fond, assez uniforme, laisse apparaître une patate de corail où s’ébattent quelques capucins et un diodon, observés par une murène à la taille conséquente. Une des joies ici, et non des moindres, est la conscience de pouvoir sauter d’un élément à un autre, presque aussi vite que par la pensée. Depuis les chemins de terre, la Réunion se découvre du haut des pitons jusqu’au fond des coulées de lave noircie que la mer se plaît à blanchir de son écume.
Une visite du superbe aquarium de Saint-Gilles Les Bains s’impose aussi. Vaste, il permet à presque tous les animaux de la pente externe du platier récifal d’être présents, là où la vie corallienne atteint son apogée : l’antennaire et les raies torpilles de Saint-Paul, les cochets des Trois Grottes, les poissons-feuilles du Petit Moteur ou encore le gros tétrodon du Pain de Sucre.
Tous ces noms de sites évocateurs des tropiques font que chaque jour qui passe inspire une nouvelle émotion. À la Pierre au Préfet, de jour comme de nuit, une vie sous-marine attend, plus dense et plus intense. Un cône en balade. Une petite murène qui se faufile entre les jambes pour croquer un poisson. Ainsi va la vie ! Des massifs montagneux plongeant dans une mer lagon, des plages de sable basaltique aux portes des ravines où se mêlent les parfums de vétiver ou d’Ylang-ylang, des paysages grandioses de Mafate aux routes sinueuses de Cilaos et de Salazie ou au Piton de la Fournaise, les mille facettes de la Réunion impriment la rétine. Loin du vieux continent, nous sommes ici… dans les nuages. On peut y rêver des anges vêtus de néoprène entre ciel et terre….
Mais la tête dans le plancton !