Nos plongées vont se succéder au rythme de deux par jour, sans surprise et sans lassitude. Tantôt le long d’un « reef », dans le fort courant qui entre ou sort des atolls par les passes, tantôt sur les « thilas », secs de coraux reposant sur du sable entre trente et cinquante mètres. Le sommet du platier, qui culmine à trois mètres sous la surface, nous permet d’effectuer nos paliers en toute sécurité dans de véritables aquariums naturels. Et puis il y a les « giris », moins profonds et même à fleur d’eau, qui représentent un réel danger pour le navigateur nocturne imprudent. Dans ce concentré d’arc-en-ciel qui nous environne, il est vain de vouloir dénombrer les espèces, à peine avons-nous le temps d’identifier les plus co

nnues : platax, carangues, napoléons, mérous, requins gris et pointes blanches, raies aigles, pastenagues et mantas…
Christian Allanic, un ancien de la Couronnée, presque la trentaine, l’air un peu rêveur, a été formé à l’école de Jacques Gambart et connaît bien son métier. La preuve : il avance sa montre d’une heure pour prolonger d’autant nos journées. Tout est réuni à bord du « Dauphin Bleu » pour une croisière-plongée de rêve. A notre programme, la découverte de trois types d’îles : les îles de pêcheurs, les îles touristiques et surtout les îles vierges. Nous découvrirons ainsi successivement Gihalohi Thila, Kambuludu, Kunawaski ou Banana Reef.
A Muchinas Migili, nous pourrons presque caresser trois requins gris ou « dagsists » tandis que de nombreux petits Carcharinus albimarginatus se faufilent entre nos palmes. Nous resterons parfois saisis par l’attaque aussi imprévue que fulgurante d’une bonite qui vient se servir dans les bancs de petits poissons. Notre périple se poursuit vers l’île Angaga qui est considérée comme l’un des « must » des Maldives, notamment parce qu’on y rencontre souvent des raies mantas. Elles sont fidèles au rendez-vous ; certaines nous frôlent avant de disparaître dans une eau malheureusement assez trouble qui rend leur vol encore plus irréel.
Nous apprécions également les escadrilles de poissons trompettes qui foncent en formations sur leurs prises, les aiguillettes, immobiles juste sous la surface, les claquements de queue des carangues qui fouettent l’eau pour se propulser sur leurs proies… Emergeant aux trois quarts de leurs trous creux dans le sable, des centaines d’hétérocongres disparaissent à notre passage. Ces petits serpents très allongés se nourrissent, parait-il de plancton. Et puis il y a les dauphins qui nous accompagneront jusqu’à Kanduludu en jouant avec l’étrave de notre « Dauphin bleu ».
A Guraïdoo, nous serons littéralement attaqués par deux balistes d’environ cinq kilos. Je suis obligé de me défendre en me servant de mon appareil photos comme d’un débordoir tandis que mon compagnon de plongée se marre. Lorsque ce sera son tour de se faire agresser il ne sera pas fier non plus…
Au matin du douzième jour, dans le Wadoo Chanel au sud de Malé, Philippe et moi apercevrons notre premier requin tigre, cinq mètres de force majestueuse, de rayures et un long aileron dorsal très pointu. C’est le genre de rencontre qu’un plongeur n’est pas prés d’oublier. Nous visiterons également la seule épave de la région, celle du « Victory », un cargo de cinquante mètres qui repose sur un fond de trente-huit mètres, semé de radiocassettes concrétionnées. Pierre me montre un mérou de plus d’un mètre qui se promène tranquillement dans les coursives. Je suis frappé par l’ancre qui reste suspendue dans le vide, tel un pendule dont les oscillations rythment notre plongée.
Notre croisière s’achève. Nous regardons plonger le soleil dans l’océan Indien juste derrière l’horizon tandis que Phil Collins ou Dire Straits font chanter les étoiles. Nous avons tous le sentiment d’avoir goûté des moments intenses de bonheur.
Henri Eskenaziwww.henrieskenazi.com
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