Très heureuse de nous savoir arrivés, elle nous suggère de plonger au plus vite à St-Paul’s Bay et nous prenons rendez-vous dès le lendemain à l’hôtel, devant la baie de St-Julians que nous découvrirons semée de ces typiques barques de pêche aux yeux de pharaon.
Lundi 8 heures. Dès les premiers mots échangés, Jéromine correspond à celle que j’imaginais ; gracieuse et rayonnante, telle la nymphe Calypso qui a d’ailleurs donné son nom à une grotte que Jéromine m’a permis de découvrir. Le séjour en sa compagnie, s’annonce particulièrement agréable…

« C’est aux Antilles que j’ai découvert la plongée. J’ai tout de suite adoré être sous l’eau. Quel plaisir à la fois différent et complémentaire pour moi qui suis habituée à vivre à bord d’un bateau. Aussi, ai-je décidé de plonger le plus souvent possible. Aujourd’hui que j’ai terminé d’écrire mon livre, je vais pouvoir m’en donner à cœur joie. », confie-t‘elle au sympathique Simon Jones, instructeur Cmas, qui nous fera découvrir avec passion les superbes grottes sous-marines de son pays. Au moment d’enfiler sa combinaison, les yeux de Jéromine, remplis de malice, se mettent à briller et son beau sourire complice devient encore plus présent ; je ressens chez elle un amour profond et un respect absolu de la nature, principes même de la philosophie à laquelle elle demeure si fermement attachée.
Notre bateau mouille dans la baie de St-Paul non loin de Comino, entouré de bleu azur, juste en face d’une magnifique grotte. Ici, le 26 mai 1990, pour commémorer la venue du pape Jean-Paul II, une superbe réplique de trois mètres du « Corvado » de Rio de Janeiro fut immergée par dix-huit mètres de fond : c’est le « kristu Tal-Bahhara ». L’histoire veut qu’ici même, en l’an 60 de notre ère, l’apôtre Paul fit naufrage en se rendant à Rome. Une statue terrestre fut érigée sur l’île qui porte son nom, en haut d’une falaise où piaillent encore quelques oiseaux migrateurs venus faire escale à la croisée des chemins entre l’Europe et l’Afrique. Malheureusement, à Malte, on chasse beaucoup, trop peut être, en dépit des lois élémentaires de l’écologie qui devraient régir notre planète.
Il paraîtrait même que si l’importation des fusils sous-marins est interdite aux touristes, certains autres sont autorisés à chasser en bouteilles ! Je ne peux m’empêcher de souhaiter, comme il est de plus en plus question, la création de réserves sous-marines susceptibles de redonner vie aux fonds superbes mais malheureusement désertiques de l’île.
Cette baie de St-Paul, où Jéromine me confie ses projets, est une des plus anciennes localités balnéaires et touristiques : « Au début du siècle, la mode voulait que les personnes aisées y possèdent leur résidence secondaire pour y passer les mois chauds de l’été en paix, dans le calme et avec tout le confort. St-Paul reste aujourd’hui encore une localité résidentielle très tranquille », me précise t’elle. Malte, ce petit morceau de notre terre, si attachant, au cœur de la Méditerranée, n’a cessé au fil des siècles d’être convoité par de multiples conquérants successifs : Phéniciens, Romains, Vandales, Goths, Byzantin, Sarrasins, Arabes… tous, en régnant sur l’île y ont laissé des traces. Mais en 1522, le roi Charles-Quint offre Malte aux Chevaliers de l’Ordre de Saint-Paul de Jérusalem qui s’y installent, officiellement en 1530, pour être plus connus sous le nom de « Chevalier de Malte ». Leur grand Maître Jean de la Valette fonde la capitale en lui donnant son nom et décide alors de fortifier l’île. C’est ainsi que l’on peut apercevoir sur les côtes, un véritable réseau de tours de guet, petits fortins, larges murs de fortification en coraline (pierre blanche de pays ou « Franka »), greniers protégés tels des bastions, châteaux et églises imprenables.
Les côtes rocheuses et des fonds sous-marins ont véritablement ici un charme original, hors des sentiers touristiques et si Homère a surnommé Malte « le nombril de la terre », je comprends alors pourquoi Jéromine Pasteur trouve ici le calme et la détente nécessaire pour écrire… et plonger.
Henri Eskenaziwww.henrieskenazi.com
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