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Emotions voyage plongée Oman: La plongée des mille et une nuits
Je suis un peu ému : Tintin est assis à côté de moi, j’aperçois Lawrence d’Arabie vautré à quelques mètres seulement , enturbanné comme je l’ai toujours connu, méditant sans doute les sept piliers de la sagesse, et demain, dès les premières lueurs ocres, j’ai rendez vous avec Henri de Monfreid. J’espère qu’il me mettra en relation avec Sinbad le marin, mais ça c’est moins sûr…

Catherine me réveille. Il faut que j’attache ma ceinture, nous nous préparons à atterrir à Mascate, capitale du sultanat d’Oman, au pays de l’or noir. Mon imaginaire d’occidental s’égare dans ces déserts, gardiens silencieux et majestueux de tant de trésors, où le temps est aboli. Et en plus, je viens pour y plonger. A Oman, les extrêmes se côtoient avec une aisance déconcertante. L’aridité du sol fait bon ménage avec la richesse du monde sous-marin, la rigidité de la culture islamique avec une technologie d’avant-garde, l’austérité d’hier avec l’opulence d’aujourd’hui…

Le sultanat d’Oman, second état de la région par la taille et qui compte 1 700 kilomètres de côtes, couronne l’extrémité Est de la péninsule arabique. Adossé aux Emirats Arabes Unis, à l’Arabie Saoudite et au Yémen, il fait face au nord à l’Iran, de l’autre côté du golfe d’Oman, vaste entonnoir qui donne accès au célèbre détroit d’Ormuz et à l’Est à l’océan Indien qui le sépare de la péninsule du Déccan.

Le sultanat est situé sur le tropique du Cancer. En plein été, la température atteint allègrement 48 °C en milieu de journée et consent à descendre à 35° aux environs de minuit. Elle est heureusement plus clémente entre septembre et mai. Quoi qu’il en soit, la climatisation systématique, l’extrême propreté du pays, le confort et la richesse du système hôtelier, la richesse des sites et, bien sur, l’hospitalité des Omanais font du sultanat une destination plongée très haut de gamme durant toute l’année, à sept heures de vol et seulement deux heures de décalage horaire de Paris, ce qui représente un avantage non négligeable pour les plongeurs français.

Pendant qu’un tracteur met l’embarcation à l’eau, je discute avec Jason, un instructeur grec à l’allure débonnaire. Il me parle des plongées de la journée, situées à une demi-heure de navigation. Nous commencerons par Anita Reef à Bandar Khayran, au sud de Mascate, où les plongées, entre 3 et 25 mètres, sont accessibles à tous. L’eau est à 30 °C. Elle est trop chaude pour être claire.

Une faune abondante, identique à celle qu’on trouve en mer Rouge, s’active autour de moi et, par moments, j’ai l’impression d’évoluer dans un sirop composite aux interfaces liquides imprécises. Plus tard, nous nous dirigeons vers Fahal, au nord. L’implacable sècheresse de l’île contraste avec la profusion de sa vie sous-marine. Je me risque à caresser une raie pastenague d’un mètre cinquante d’envergure. Placide et attentive, elle a l’air d’apprécier. Ce sont des minutes dont je me souviendrai. Plus loin, le tombant plonge dans le bleu jusqu’à quarante mètres. Quelques thons croisent, imposants, autour de moi. Tandis qu’un banc de bécunes m’escorte, si dense qu’il me cache le soleil, je rejoins Roger que je surprends en tête à tête avec un requin dormeur. En remontant à la surface, des dizaines d’aiguillettes fondent sur moi, avant de s’écarter au dernier moment en se rapprochant par saccades. Au passage, j’aperçois l’une d’elles happer une minuscule proie. Des crépitements secs me parviennent, déformés par l’élément liquide, qui signent cette vie trépidante si caractéristique des mers chaudes.

Le soir venu, nous nous retrouvons à l’hôtel Al Bustan. Situé à quelques mètres seulement de la plage, il est considéré comme le cinquième plus beau palace du monde. Je n’ai aucune peine à le croire tellement il atteint un exceptionnel degré de luxe et de raffinement. Ma chambre, immense, est traitée dans le plus pur style arable et mon lit fait quatre mètres carrés. Il y a trois ans, ce cinq étoiles a reçu un titre qui récompense le meilleur service des hôtels du golfe. Au vu des prestations, cela n’a pas dû beaucoup changer.

Aujourd’hui, nous sommes vendredi, jour d’excursion. Saïd, mon guide omanais, m’emmène d’abord au Nizwa, le plus grand marché aux chèvres du pays. Je calcule au passage que le litre d’essence coûte 17 centimes. Je suis, au moins, décontenancé : le souk de Nizwa, un peu trop propre, est climatisé. Les boucheries ressemblent à des laboratoires de dissection ! Nous reprenons la route. La radio distille un air de cornemuse. Je sens que je suis en train de m’assoupir. Par moment, entrouvrant les yeux, j’aperçois d’élégants petits monuments – quelques animaux sur fond de moucharabieh – qui rythment les kilomètres. Un vent chaud soulève une épaisse poussière en traversant la piste que balisent de nombreuses tours de guet. Au loin, une tornade balaye le désert et s’élève jusqu’aux nuages, très haut dans le ciel. Nous arrivons au fort de Nakhal, distant d’une centaine de kilomètres de Mascate. Construit il y a 350 ans, il a appartenu à un imam qui exerçait son pouvoir sur toute la région. L’intérieur est un hymne au merveilleux artisanat arabe représenté par ses meubles, ses objets de la vie courante, ses armes aussi : fusils, sabres et ses couteaux recourbés que l’on nomme khanjar.

Affalé sur des sacs de dattes, je déguste le café au gingembre que l’on me tend. Un peu plus tard, aux sources chaudes de Ayn Thoura, je surprends de jeunes Bergères au costume bariolé qui rient et s’enfuient en m’apercevant. Leurs chèvres se perdent derrière la palmeraie pour s’abreuver dans les canaux d’irrigation appelés ici, falaj.

Nous reprenons la route vers Al Rustaq où un autre fort m’attend. Il me donne l’occasion de tremper mes pieds dans une eau à 40°C au lieu-dit Ayn Al Kassfa. Je suis frappé par le chant frénétique, différent de celui qu’elles ont en Provence, des cigales perchées sur de maigres épineux. Enfoui sous ma casquette, je me surprends à raser les murs en bénissant le dieu Air Conditionné. Sans lui le sultanat d’Oman, me paraîtrait nettement moins féerique. J’ai du mal à tenir mon appareil photo chauffé par le soleil et une image de ma dernière plongée m’obsède, celle d’une trentaine de poissons anges immobiles à quelques centimètres de moi.

Je conserverai un souvenir très fort d’Oman, des gens, de leur hospitalité, du désert, des wadi, appellation locales des oueds, ses rivières ou ses torrents qui ne coulent que lors des orages, c'est à dire trop rarement. Dans le Sud, il est possible d’assister à la ponte des tortues marines. Mais pour atteindre le site, il faut traverser en 4x4 les dunes de Wahiba et être en suffisamment bonne condition physique pour affronter la chaleur qui règne à la bonne période, entre avril et août. Maintenant le golfe est paisible. Il n’y a pas si longtemps une certaine tension y était perceptible.

Et l’on imagine avec frayeur l’effet d’une marée noire aux environs du détroit d’Ormuz… Le sultanat ne s’est réellement développé que récemment. Il n’a été électrifié qu’en 1970. Aujourd’hui, il dispose d’un réseau routier plus que correct qu’emprunte un parc automobile de choix, quoique essentiellement japonais. J’ai même eu la surprise d’apercevoir un parcours de golf en terre battue, sans la moindre pelouse… Ce soir, je réintègre mon palais pour la dernière fois en troquant mon habit ordinaire pour celui d’Iznogoud. Superbement installé dans la discothèque d’Al Bustan, environné d’un fastueux décor des mille et une nuits, sous les rayons de lumières aux couleurs omanaises, je me laisse envoûter pas une danseuse du ventre, superbe dans son costume pailleté de rouge et de vert. Son corps ondule et ses bras vibrent tandis que son regard cherche à m’hypnotiser. Je pense successivement à un ptéroïs, une murène, une méduse et à un nudibranche.

L’encens m‘enivre et cette musique m’obsède au point que, tel un sultan, je sombre dans les riches profondeurs du golfe d’Oman.

Henri Eskenazi
www.henrieskenazi.com
© Tout droit de reproduction réservé - Texte et photo H. Eskenazi


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