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Emotions voyage plongée Polynésie: Rangiroa, l'atoll en fête
« Ici, il y a des langoustes, là, plein de bénitiers, là-bas des requins, beaucoup, des petits et des gros… » L’atoll de Rangiroa, mince ruban qui serpente à fleur d’eau pour rejoindre l’horizon, s’annonce prometteur et déconcertant. Ici même, au motu Kavea, Dick Johnson s’était livré à un certain nombre d’expériences sur les requins dont il a tiré un livre « Requins de Polynésie » qui est devenu notre livre de chevet. D’un côté s’étend un lagon aux reflets émeraude si vaste qu’on n’en distingue pas les contours, de l’autre le Pacifique au bleu profond...

Et, en face de moi, Eugène sourit. Visiblement notre guide Paumotu est ici chez lui sur cet anneau semi submergé du bout du monde. La carte m’a appris qu’il mesure environ 90 Kms de long pour 30 de large et 250 de périmètre, où les îlots de végétation alternent avec les hoas, ces zones coralliennes que couvre et découvre la marée et où chaque famille bâtit sa maison sur pilotis. Sait-on jamais. Quant au lagon, il y a longtemps qu’Eugène en a percé tous les secrets.

Nous sortons par la passe de Tipura où nous rencontrons un courant de six nœuds. Sous le bateau les coraux multicolores défilent et nous distinguons parfaitement dans l’eau limpide ici, une raie, là, un mérou, des perroquets… Je me souviens de ce que m’avaient dit mes amis de Tahiti : « Va à Rangiroa, c’est ce qui se fait de mieux pour les plongeurs. » Ils ne m’ont pas menti.

Eugène mouille le bateau à l’extérieur de la passe de Tiputa. Tandis que nous commençons à nous équiper, je lance : « j’aimerais bien voir enfin des requins. ». Mes amis le savent, c’est un peu mon obsession. Même en mer Rouge, je n’ai jamais eu l’occasion d’en voir de près. Jean-Paul, impassible, laisse tomber : « Retourne toi ! ». Je m’exécute. Pour voir deux requins « pointes noires » (mauri en tahitien) rôder à un mètre à peine du bateau. Je suis servi, comme en témoigne l’éclat de rire général qui secoue le bateau.

A toutes fins utiles nous emportons avec nous nos arbalètes non armées en guise de débordoir. Aujourd’hui, nous n’aurons pas à nous en servir car les requins ne feront que de brèves apparitions. Surgis de nulle part, beaux à en couper le souffle, ils nous dévisagent un moment puis se volatilisent dans le bleu aussi subitement qu’ils sont apparus. Il faudra nous y faire.

Au crépuscule, nous rentrons accompagnés par une bande de dauphins qui nous escorte jusqu’à notre « station de gonflage ». Nous ne pouvons la manquer : c’est le 3ème cocotier sur la plage à droite en rentrant… quand nous sommes arrivés à Rangi, nous avons eu à faire au maire. Tout naturellement : ici, c’est la petite famille et les touristes sont rares.
Grâce à la gentillesse spontanée de tous, nous n’avons aucun mal à trouver sur place, guide, logement et bateau. Ce dernier appartient au maire dont Eugène est le neveu. L’hôtel c’est « LA BOUTEILLE A LA MER » : onze merveilleux bungalows nouvellement construits sous les cocotiers, pratiquement les pieds dans l’eau. Nous sommes les premiers clients. Le matériel de plongée mis à notre disposition est lui aussi tout neuf : il vient en droite ligne du magasin « Ilot Sport » que tous les marseillais connaissent bien.

Mais notre chance ne s’arrête pas là. Une joyeuse effervescence pimente l’atmosphère du village qui s’affaire à la préparation d’un grand tamara, la « brringue » tahitienne qui dure plusieurs jours et laisse tout le monde suer le flanc.

Rangiroa s’apprête à fêter l’arrivée de M. Emmanuelli, le secrétaire d’état au Dom-Tom et sa suite. Net d’abord il faut du poisson, beaucoup de poisson car il y a une foule d’invités. Nous sommes conviés à chasser avec deux amis tahitiens.
Inutile de chercher à aller profond : on trouve les mêmes poissons à cinq mètres qu’à vingt mètres. Il nous faut apprendre à distinguer ceux qui sont comestibles de ceux qui donnent la gratte et que rejettera dédaigneusement le tahitien resté à bord du bateau, à moins de décider de ne tirer que les mérous comme nous finissons par le faire. Pas question de garder les prises à la ceinture, ni même au ballon. Au bout de quelques minutes une trentaine de « copains » tournent autour de nous. C’est ainsi que les chasseurs tahitiens nomment familièrement les requins. Ils n’attachent aucune importance à leur présence : tandis que l’un tire le bateau, l’autre chasse. Et, à peine harponné, le poisson va choir au fond du bateau. Les requins paraissent de plus en plus agités, sans être menaçants. Manifestement, ils ne comprennent pas que les poissons blessés puissent se volatiliser ainsi au-dessus de la surface.

Lorsqu’ils s’approchent un peu trop, un coup de palme ou une piqûre faite avec la flèche les rappelle à l’ordre.

Nous rentrons alors que le soir tombe. Tandis que nous achevons de ranger le matériel, il fait nuit noire. Nous avons la surprise d’apercevoir deux enfants venir de la passe avec trois ou quatre poissons à la ceinture. En voilà au moins qui n’ont peur de rien. Demain c’est le grand jour. Les femmes ont cueilli les fleurs, confectionné les colliers. L’une d’elles a même inventé un instrument de musique qu’elle a fabriqué à partir d’un tonneau renversé, d’un manche à balai et d’un fil de pêche.

Les robes sont repassées, les costumes impeccables, la chorale de l’école fin prête. L’avion des officiels arrive dans un déchaînement de musique stéréophonique tahitienne et de colliers de fleurs. Le maire, costume et cravate noirs, les reçoit superbement. Après les congratulations d’usage, les eux équipes de foot de l’île défilent habillées de neuf. Un joueur a même oublié d’enlever l’étiquette de son short. Tout le monde est là, les enfants des écoles du plus petit au plus grand, la maîtresse au comble de l’élégance, toutes les femmes avec leurs robes blanches, leurs colliers de fleurs et leurs chapeaux, le groupe folklorique qui joue et chante. Puis le cortège se dirige vers la mairie qui doit être inaugurée par le secrétaire d’état. là , les enfants s’alignent sous l’œil vigilant de la maîtresse ; le silence se fait ; des petites poitrines tahitiennes monte une Marseillaise telle que je n’en n’avais jamais entendue : « Allons z’infin de la patrrie… » Et l’on repart vers la deuxième étape : le quai des bénitiers ; construit il y a trois ans il est aussi inauguré aujourd’hui, comme le sera tout à l’heure la maison des jeunes. Et chaque fois les gosses s’alignent pour chanter la Marseillaise. Mais au terme de la journée les beaux vêtements se maculent un peu de boue et de poussière, les colliers de fleurs perdent de leur fraîcheur.

Le tamara commence, fête de la musique, des couleurs, de la grande bouffe, fête joyeuse et belle qui, petit à petit, dégénère en beuverie.
Le secrétaire d’Etat et sa suite partie, il faudra quelques jours pour que l’île retrouve le cours normal du temps. Pour que les hommes retournent à la pêche et les femmes au « secteur » (c’est ainsi que l’on nomme ici tout ce qui n’est pas le village) pour y chercher l’une des principales ressources de l’îles avec le coprah : les coquillages.

Quant à nous, nous ne voulons pas quitter Rangiroa sans rendre visite au lagon du Tacoo, ou lagon bleu qui forme poche en périphérie du grand lagon. Nous y trouvons une ceinture de plage de sable blanc et de cocotiers qui se mirent dans une eau d’une limpidité et d’un bleu indescriptible, des cases sur pilotis au charme idyllique, des centaines de bénitiers aux couleurs chatoyantes, quelques requins Toirie (pointe blanches) et Raira (gris) aussi qui circulent avec nonchalance au milieu d’une architecture corallienne impressionnante.

Demain il nous faudra partir. Retourner à Tahiti, Moorea, Bora-Bora, ces îles de l’archipel de la Société peut-être plus touristiques mais tout de même très agréables. Alors la vie est belle.

Henri Eskenazi
www.henrieskenazi.com
© Tout droit de reproduction réservé - Texte et photo H. Eskenazi


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Commentaires (2)Add Comment
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Ecrit par LULU, septembre 18, 2008
smilies/smiley.gif super, merci pour ce recit, qui ne fait qu'alimenter mon rêve, je suis jeune plongeuse encore peu d'expérience, quoi qu'un de mes rêve réalisé depuis peu plongée dans la barrière de corail en Australie, lieu de mes premières plongées, c'était fantastique, magique, avez-vous déjà été? je suppose que oui, je retourne aux lectures de vos autres émotions,,,,
merci encore et bonnes plongées!!!!
lulu
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Ecrit par Henri Eskenazi, septembre 18, 2008
MER SI à vous !!!
Au plus je voyage, au plus je plonge et au plus je découvre : l'Australie est en projet...

@ peut-être sous l'eau ?

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