Denis Jeant Moniteur Formateur Consultant et Auteur
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Paradise Plongée:Quelles activités exercez-vous actuellement dans le monde de la plongée ? A temps complet ou activité annexe ?
Denis Jeant:Je vais avoir 40 ans en octobre prochain. J'ai un travail très polyvalent car j'ai besoin d'être sur le terrain pour mon équilibre, développer mon expérience et il est très très difficile de ne “vivre que de sa plume”. Certaines de mes activités les plus rentables me permettent d’en financer d’autres plus intéressantes d'un point de vue personnel et créatif. De plus, la variété de mes activités les rend moins routinières. Par contre, je suis curieux et la difficulté à mon niveau est d'éviter de trop me disperser. Je me passionne très facilement…
Je suis auteur à titre principal (livres, scénario de films), mais également journaliste pigiste dans la presse plongée et nautique, photographe, formateur de cadres en plongée (BEES 1° et BEES 2°) et consultant. J'utilise l'écrit, la photo, le multimédia, l'Internet comme moyens d'expression dans le cadre de mon travail créatif.
Au niveau photo, je fais des reportages en plongée, principalement en mer, pour illustrer mes différents ouvrages ou articles de presse sur la plongée et les premiers secours. Il m’arrive également de vendre des photographies pour des centres de plongée ou fabricants et distributeurs. Je travaille en numérique dans le contexte terrestre, marin et en argentique pour les prises de vues sous-marines. J’envisage prochainement de passer au numérique pour la photo sous-marine.
Paradise Plongée:Quelle est la particularité des Codes Vagnon de la plongée dont vous êtes l’auteur ?
Denis Jeant:Il y a presque une vingtaine d'années, la pédagogie employée en plongée, pour caricaturer était basée principalement sur la démonstration et reproduction de gestuelles. Une approche qui s'intéressait plus aux moyens qu'aux objectifs et où le moniteur avait tous les "pouvoirs pédagogiques". Quand on reste cantonné dans un domaine, en vase clos, on a tendance à reproduire ce qui s’apprend chez les moniteurs de générations en générations. Si on se remet en question dans sa pratique quotidienne, qu'on est curieux de savoir ce qu’il se fait dans d'autres domaines, on peut enrichir sa pratique pédagogique. La remise en question est selon moi le “moteur principal” de la progression en pédagogie et chaque discipline aborde souvent l’enseignement différemment.. Pour finir, les livres de plongée n'étaient pas ciblés en terme de niveaux. C'était l'époque des ouvrages écrits par la Marine Nationale, Serge Brideron, Jean-Albert Foëx, Marco Israël, Ely Boissin, Guy Poulet, Philippe Molle et Pierre Rey... Seule exception, la “plongée en bande dessinée” de Dominique Sérafini qui était un précurseur à l'époque. Au passage, ce fut l’un de mes premiers livres de plongée. Adolescent, il m'avait passionné. Il a une lourde part de responsabilité dans l’émergence de ma passion en plongée. Sinon, je fus l’un des premiers à écrire un ouvrage ciblé en terme de niveau en plongée. Il me semblait difficile pour le débutant de devoir trier lui même le contenu d’un livre. A l’époque, je suis parti des prérogatives du plongeur pour proposer un contenu adapté. J'avais écrit un fascicule pour le BE (niveau 1): "notions élémentaires de plongée", pour mon club associatif (GESMA) en 1987 qui était édité gracieusement par un sponsor et vendu pour le compte du club aux débutants. Ce fut en quelque sorte l'embryon du code Vagnon de la plongée Niveau 1 (14).
Paradoxalement, c'est mon expérience d'enseignant dans des activités de pleine nature autres que la plongée, notamment au CNPSA/CREPS de Chalain (15) qui m'a le plus apporté en pédagogie.J'ai beaucoup appris également au contact de mes stagiaires…ou d'autres collègues moniteurs. En 1989, j'ai commencé le code Vagnon de la plongée niveau 1 sur l'unique Mac Classic (16)de la salle des profs du CNSPA de Chalain. J'avais répondu à l'annonce des éditions du Plaisancier paru dans le magazine Océans qui cherchaient à se diversifier, en plus des codes de formation aux permis bateau. J'avais 23 ans. L'argumentaire que j'avais mis en avant lors de ma première rencontre avec Henri Vagnon, fondateur des éditions du plaisancier et aujourd'hui décédé a été de lui dire que je n'avais pas la prétention de réinventer la plongée mais que je souhaitais apporter une nouvelle approche pédagogique par rapport à ce qui existait déjà.
Je conçois le livre comme une aide, un outil pédagogique. C'est en plongeant que l'on devient plongeur. À mon avis, seule la mise en place de situations pratiques adaptées, variées et dosées peut enrichir le répertoire des réactions d’adaptation du plongeur qui évolue dans un milieu naturel variable. Raison pour laquelle la pratique prend une part importante dans mes ouvrages. Il ne suffit pas de lire une solution toute faite (prémâchée) à une situation donnée pour la maîtriser. Il y a parfois un fossé entre lire, comprendre et adapter son comportement à une situation pratique donnée (par exemple une panne d'air lors d'une remontée). Des modalités d'actions (téléguidages) décrites parfois en quelques lignes par certains livres, me demandent, à mon niveau, plusieurs pages de mises en situation sous forme d'éducatifs… D'autre part, je conçois l'enseignement comme un échange, un partage où le stagiaire a une place centrale. Le moniteur n'est à mon avis qu'un "catalyseur" de sa transformation, de sa progression pratique. S'il est actif dans sa transformation, l’élève a des chances d'être plus motivé et de mieux comprendre la stratégie qu'il la conduit à atteindre un objectif donné. De même, pour des raisons pédagogiques, j'encourage l'auto-évaluation (17) et la coévaluation (18). Pour résumer, l’apprenant retrouve un rôle central dans sa transformation dans ma conception de l’enseignement…
Pour finir, mes ouvrages ont été les premiers à adopter une logique non thématique mais liées à une progression mêlant et liant théorie/pratique pour favoriser les allers/retours théorie/pratique. À l’époque la logique de découpage par thèmes théoriques (physique/matériel/accidents...) était de rigueur sans nécessairement relation avec la pratique. À mon avis, sans rapport avec la pratique, la théorie n'a pas lieu d'être…Elle a un intérêt pour mieux comprendre sa pratique et mieux pratiquer… Pour terminer, j'ai mis en place, il y a plus de 15 ans déjà, dans le cadre des codes Vagnon (19) de plongée, une approche par objectifs à atteindre dans des conditions de pratique données…Comme pour une expérience de chimie ou physique, les conditions de réalisation jouent beaucoup dans l'obtention de la réaction d’adaptation souhaitée… À titre d'exemple, un passage sur le détendeur de secours dans une piscine en étant prévenu à des chances d'être vécu différemment que s'il a lieu en mer, lors d'une remontée, sans être prévenu et dans une eau trouble…Un plongeur qui a réussi la mise en situation en piscine pourra ne pas savoir s'adapter dans ce dernier contexte plus complexe…J'ai aussi à l'époque introduit des variantes afin de travailler la capacité d'adaptation des apprenants en complexifiant progressivement la situation de base. Un mode d’emploi complète également les ouvrages. Car quelque soit la qualité d’un outil (ici pédagogique), s’il est mal utilisé, il ne peut conduire qu’à un piètre résultat.