Jean-Pierre BOUMATI
Cofondateur de l'association "Le pied dans l’eau"
Paradise Plongée: Quand et comment vous est venue l’idée de créer l’association Le Pied dans l’Eau ?
J.P. Boumati: En 1982, animateur de groupe de développement personnel et de thérapie, j’étais passionné par les sciences humaines et par l’eau que j’utilisai déjà dans mon activité.
Pour répondre à une curiosité personnelle, avec ma compagne Véronique Dufresnes (éducatrice spécialisée, MNS, licenciée en science de l’éducation et également passionnée par les sciences humaines) nous mettons en place un atelier de recherche sur l’adulte et la peur dans l’eau.
L’étude de la peur dans l’eau et sa résolution se situait au carrefour de nos centres d’intérêts. Nous constations que la leçon de natation traditionnelle, non seulement n’apportait aucune réponse aux personnes qui avaient peur dans l’eau, mais de plus, pouvait créer ou renforcer les traumatismes.
Nous pensions consacrer à cette démarche, faite dans le cadre de nos loisirs, une heure par semaine, en piscine, pendant 6 mois.
À ce moment-là, nous avons prié le ciel pour que 10 à 15 personnes ayant vraiment peur dans l’eau acceptent de participer à cette recherche. Nous fûmes très étonnés d’être aussitôt submergés par les demandes et très vite captivés par l’intensité des motivations, des émotions et de la joie des premiers participants.
| Avec mes bracelets, je découvre tout et ne crains rien... |
Cette joie était bien sûr contagieuse, et de plus, nous avions à chaque séance le plaisir de progresser dans notre compréhension de ces peurs et l’élaboration des solutions.
Aujourd’hui notre acuité s’est accrue, et cette joie partagée est toujours aussi gratifiante. Nous sommes réellement reconnaissants, à toutes ces personnes dont la présence et l’implication, nous permettent de toujours mieux comprendre et mieux élaborer notre méthode.
Paradise Plongée: Les "encadrants" de l’association ont-ils des compétences et diplômes spécifiques ou sont tout simplement passionnés ?
J.P. Boumati: Les animateurs responsables d’un groupe sont tous BESSAN ou BEES 1. Certains sont également formés aux techniques du potentiel humain (sophrologie, PNL, accompagnement des émotions…).Des coanimatrices ou teurs, anciens participants, voulant partager leurs découvertes, peuvent s’associer à chaque groupe. Parmi eux se trouvent des professionnels de la pédagogie et de la relation d’aide, enseignants, médecins, psychologues, psychiatres, psychanalyste… (Consulter les témoignages)
Paradise Plongée: Quels sont les origines et causes expliquant généralement la phobie de l’eau au niveau des personnes que vous rencontrez ?
J.P. Boumati: Certains auteurs y voient une peur ancestrale de l’homme sorti des eaux et menacé d’y retourner lors des grands déluges.
- Dans la vie intra-utérine, chacun de nous était totalement immergé dans l’eau et a pu associer à celle-ci de l’inconfort, du stress, un traumatisme, vécu et transmis par la mère.
- Lors de notre naissance, nous avons vécu une grande histoire entre l’eau chaude du cocon maternel que nous devions quitter dans les cris et la souffrance pour trouver l’air. Les obstétriciens appellent cela « l’expulsion » et d’autres le traumatisme de la naissance.
- Les traumatismes conscients et parfois oubliés : on m’a poussé, je suis tombé à l’eau, j’ai cru que j’allais mourir; j’ai assisté à une noyade, j’ai eu très peur...
- La culture familiale : les adultes autour de moi m’ont transmis leurs propres craintes, parfois avec les meilleures intentions du monde. Ils ont pu aussi me traumatiser en ne respectant pas mes craintes.
Les cultures régionales : en bordure de rivière, de plan d’eau ou au bord du littoral, les adultes ont souvent eu peur pour leurs enfants, et afin de les dissuader d’approcher l’eau, les ont mis en garde avec de tels accents de frayeur, feints ou réels qu’il en est resté quelque chose.
- L’ancrage : sans en être conscient, nous avons pu associer l’eau à un événement, une sensation, une émotion extrêmement désagréable. Maintenant, chaque fois que nous approchons de l’eau, et que nous retrouvons certains stimuli sensoriels, par exemple : l’odeur du chlore, le froid et la sensation de mouillé, l’eau sur certaines parties du corps, les cris dans la piscine… et nous pouvons être submergés par des émotions invalidantes qui appartiennent au passé.
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