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Film sous-marin: Océans

Cinq années de production, un budget de 50 millions d'euros, 14 cameramen français, japonais ou suédois disséminés sur toutes les mers du monde, des équipes en cirés jaunes bravant vagues, pluies et tempêtes à bord de canots pneumatiques, plusieurs centaines de biologistes mobilisés sur la plupart des fuseaux horaires, des inventeurs fous, des bricoleurs de génie, l'Agence spatiale européenne et les scientifiques du programme international Recensement de la vie marine sur les dents. Pour, au final, des millions d'images qui finiront par ne former qu'un seul et immense opéra : Océans, dernière réalisation de Jacques Perrin, promise sur les écrans à l'aut omne 2009. Pour créer le monde, Dieu aurait mis sept jours. Jacques Perrin lambine avec 115 semaines de tournage, un scénario en évolution constante, des inventions technologiques de dernière minute, tel ce microscope sous-marin manipulé par une main artificielle dans le seul but de filmer des larves comme elles ne l'ont jamais été ! Sans compter les rêves à concrétiser avant l'hiver prochain, fin du tournage : filmer la naissance de la baleine à bosse, en Polynésie, un spectacle si secret qu'aucun œil humain ne l'a encore contemplé. Rapporter des images d'otaries et de petits manchots du Cap fonçant dans une boule compacte de sardines comme dans un garde-manger. Ou obtenir le plan sous-marin inédit de baleines bleues de 30 mètres de long engloutissant un nuage de krill, dans le golfe de Californie.

Océans ne sera pas un documentaire. Ce sera du cinéma, du vrai. Pas de regard extérieur, pas de monde sous-marin observé par un scientifique ou un réalisateur. Pas de commentaire, l'image doit parler d'elle-même. Un seul mot d'ordre, répété aux opérateurs tout au long du tournage : le monde de la mer doit être vu par les yeux de ses créatures. Etre poisson parmi les poissons. Passer inaperçu, les précéder, les effleurer, sans que leur comportement en soit altéré. Il fallut donc créer des outils qui n'existaient pas encore.

Ce qui frappe chez Jacques Perrin lorsqu'il parle de son film, c'est sa jubilation de gamin devant l'incroyable mobilisation des scientifiques et l'accumulation de prouesses techniques générées par Océans. Un Perrin porté par le souffle de Jules Verne et de son capitaine Némo. Depuis Les 40es Rugissants (1982), où il inventait les caméras à miroirs tournants pour éviter les gouttes de pluie sur l'objectif, puis Microcosmos (1996), tourné sur deux mètres carrés de pelouse, ces films-laboratoire qu'il a coproduits ou produits n'ont cessé de faire avancer la technique cinématographique. En 2002, au premier jour de réflexion d'Océans, avec Jacques Cluzaud, l'autre réalisateur du film, il s'entoure de biologistes qui ont collaboré au Peuple migrateur. Yvon Le Maho, directeur de recherche au CNRS à Strasbourg, spécialiste des pôles, membre de l'Académie des sciences. Ce grand connaisseur des oiseaux de mer, des manchots et des cigognes sera le garant de l'exigence éthique aux yeux du monde scientifique. Et Stéphane Durand, 37 ans, biologiste et ornithologue, aussitôt promu "baleinologue". A eux de déterminer quelles espèces filmer, de tout savoir sur leur biotope, leur comportement.

Un véritable casse-tête : il existe autant d'experts de la baleine que d'espèces et d'océans. Baleine bleue de l'Atlantique ? Du Pacifique ? Stéphane Durand tâtonne. Yvon Le Maho lui ouvre les portes de la Sloan Foundation. En 2000, cette organisation privée américaine a lancé le Recensement de la vie marine (Census of Marine Life), un programme qui fédère des milliers de scientifiques, du spécialiste des bactéries des sources hydrothermales à moins de 4 000 mètres de profondeur, aux sommités de l'albatros ou de la baleine.

C'est ainsi que la production peut bénéficier des informations précieuses de tout un réseau planétaire d'experts. Par son entremise, les équipes de Galatée, la société de Jacques Perrin, pourront aussi filmer dans certaines eaux territoriales où les mammifères marins sont protégés par une législation extrêmement rigoureuse. En échange, elles font profiter les scientifiques de leur logistique sophistiquée pour approcher enfin des animaux qu'ils n'observaient que de loin. Une aubaine pour ces chercheurs habitués à travailler avec des bouts de ficelle. Les images leur révèlent parfois des informations jusque-là hors de portée. " Pour Le Peuple migrateur, nous avons travaillé avec des ornithologues qui, bien sûr, n'avaient jamais volé avec les oiseaux. Quand les spécialistes du pélican ont vu les rushes de leur animal fétiche dans les airs, avec l'impression de voler à ses côtés grâce à nos caméras montées sur ULM, ils en ont eu la langue par terre ! ", se souvient Stéphane Durand.

Une fois les espèces choisies, deux questions s'imposent : avec quels outils les filmer ? Quel sera le format du film ? Du 70 mm ? Du 35 mm en cinémascope, avec ses magasins de caméra qui n'offrent que quatre ou cinq minutes de tournage utile, ce qui est d'un intérêt limité en plongée ? La haute définition et ses cassettes numériques de 48 minutes ? L'idée fait frémir les fabricants de pellicule 35 mm et les laboratoires. Il y a là une menace pour leur industrie.

Un plongeur sans bulle

Dès 2003, une petite équipe se réunit autour des "deux Jacques", Perrin et Cluzaud, pour réfléchir. Elle compte Olli Barbé, directeur de production, l'homme pivot du tournage, Didier Noirot, plongeur et opérateur, ancien collaborateur de Cousteau sur la Calypso et l'Alcyone. Il est l'homme de la plongée en circuit fermé, une technique dangereuse qui utilise un mélange suroxygéné, d'azote et de gaz carbonique dont le dosage est contrôlé par le plongeur-opérateur lui-même alors qu'il manie la caméra, fait le point, choisit la sensibilité du film… Au moindre moment d'inattention, il risque la syncope, en profondeur. La plongée en circuit fermé présente néanmoins deux avantages essentiels : elle peut permettre à l'opérateur de rester sous l'eau pendant deux heures quarante, et limite les paliers de décompression. Surtout, elle ne fait pas de bulles, condition sine qua non pour ne pas effrayer les poissons, et les filmer tranquillement. Didier Noirot sera le responsable des prises de vue sous-marines. Philippe Ros, directeur de la photo, superviseur technique, connaît bien le passage entre les modes analogique et numérique depuis les années 1990. Il sera l'homme des courbes gamma, du pixel et de l'ergonomie des caméras.

Six mois de réunions fiévreuses plus tard, la décision est prise : les images hors de l'eau seront tournées en 35 mm, et les plans sous-marins avec des caméras haute définition. A Philippe Ros de réussir ce qui n'a encore jamais été fait : marier les deux formats de façon à ce que le spectateur n'y voie que du feu. Or le 35 mm est très riche en nuances contrairement à la haute définition qui, elle, offre un remarquable piqué. Il lui faudra trois mois pour améliorer la qualité des caméras numériques et six de plus pour atteindre la perfection. Jacques Perrin lâche alors : "Est-ce qu'on peut aller plus loin ?" Son œil pointu a repéré des ciels avec solarisation… Philippe Ros collabore avec des ingénieurs de Sony, qui travaillent sans relâche sur le développement des courbes de contraste (gamma, équivalent numérique des " asa "), pour supprimer "l'effet vidéo" propre au numérique. Tandis que lui s'escrime à rendre les caméras chez Panavision plus performantes, grâce à un petit labo placé à l'intérieur. Parallèlement, il met au point le workflow, un processus de contrôle de la chaîne numérique pour caler la qualité de l'image en amont du film et respecter cette même norme tout au long des années de tournage.

Combinaison fée clochette

Restait encore à répondre à l'exigence de dynamique voulue par Jacques Perrin. Didier Noirot suggère qu'on améliore le système qu'il avait bricolé avec l'ingénieur suisse Jean-Claude Protta : un caisson sous-marin étanche avec viseur pour y loger la caméra, fabriqué avec des barres d'aluminium de 102 kg, évidées. Protta va faire mieux. Plus léger. Plus stable. Hydrodynamique. Voilà qui oblige à travailler l'ergonomie de la caméra, et revoir sa taille à la baisse. Philippe Ros, spécialiste de la caméra-épaule, est un adepte de la simplicité. Il imagine sur le caisson deux boutons qui permettront à l'opérateur engagé dans l'action de régler vite et simplement sa caméra en fonction de la profondeur, de la couleur de l'eau et de la lumière. Il ne sera plus nécessaire de remonter à l'air libre pour procéder aux réglages pendant que les poissons continuent leur chemin.

Arrivent les essais en mer, la Fée Clochette fait son apparition. Cette combinaison de plongée imite les poissons. Des écailles cousues à la main pour les réflexions de la lumière, des voiles flottants pour la transparence délicate des méduses, des camaïeux de rouges et de bleus jusqu'aux plus pâles pour tester la capacité de la caméra HD à les traduire et une perruque blonde pour restituer la finesse d'une algue. Du pur bricolage à la rescousse du high-tech, mais qui permet un travail complexe sur les courbes de contraste. Elles plaisent à Perrin. " On va filmer les cavalcades de dauphins par mer forte ", annonce Jacques Perrin. La mer plate et calme n'est pas son genre. Il faut filer à la vitesse des dauphins, 20 nœuds, et filmer à 24 images / seconde en 35 mm. De quoi faire tanguer des salles entières de spectateurs. Pas question d'avoir recours aux 100 images / seconde avec son ralenti qui sonnerait faux. Les deux Jacques et Olli Barbé se tournent alors vers Jacques Perrin. L'autre. Celui que l'équipe appelle Fernand, par commodité. Jacques-Fernand Perrin sera l'homme des algorithmes et de la cybernétique, de l'asservissement du mouvement. Cet ingénieur de haut vol à la retraite, spécialisé dans le nucléaire puis l'armement défensif chez Thomson-Thalès (le programme Crotale et ses missiles de courte portée, puis Chahine, c'est lui), avait sauvé la mise à la production sur le tournage du Peuple migrateur : un ULM avait été transformé à (très) grands frais, mais la caméra ne filmait que vers l'avant. Du coup, volant au milieu des oies cendrées, elle ne voyait qu'une compagnie de croupions. Pour que d'autres erreurs de ce type ne soient pas commises sur le prochain film, Jacques-Fernand avait supplié la production de l'appeler en amont.

Caméra engloutie par une orque

Cette fois, l'idée est de créer une tête stabilisée qui abritera la caméra 35 mm, fixée au bras d'une grue articulée. Le tournage aura lieu sur un canot pneumatique fonçant à pleins gaz, avec la caméra à 30 centimètres du dos des dauphins. Etre poisson parmi les poissons, toujours. Quelques jours plus tard, Jacques-Fernand revient avec des simulations sur images de synthèse. " Avec nos amis du cinéma, pas la peine d'arriver en disant : Je vais faire 2 dixièmes de degré dans des fréquences supérieures à…''. Ça ne leur dit rien. J'ai donc transformé les nombres en images. " L'horizon y est presque stable, Jacques Perrin s'enthousiasme, comme un môme. On lui précise que le matériel n'existe pas. Qu'importe ! Thétys demandera deux ans d'une collaboration étroite entre Jacques-Fernand et Alexandre Bugel, réalisateur et chef machiniste, l'homme du fer à souder. Dans son atelier de Haute-Garonne, ce bricoleur créatif fabrique la mécanique motorisée pour une tête de caméra gyrostatique. Soit une machine pesant 75 kg capable de supporter une caméra de 35 kg. Ainsi qu'une grue qui déporte Thétys hors du bateau et la pose au ras de la mer. A Paris, Jacques-Fernand étudie les composants techniques, les moteurs, les gyromètres. Après moult simulations, il réussit à stabiliser la ligne d'horizon. On peut filmer, sans tanguer, les requins blancs chassant les otaries ou les vrilles à la verticale des dauphins " stenelles " à long bec du Costa Rica.

Mais le clou des inventions est la torpille sous-marine tractée par le bateau, grâce à un câble en fibre optique de 100 mètres. Elle filme en marche arrière, de façon à voir les animaux de face. Un mètre cinquante de longueur, 30 centimètres de diamètre, des pointes d'accélération jusqu'à 40 km à l'heure. Sa conception a demandé dix-neuf intervenants dans huit pays différents, sur deux continents. Coût : 1 million d'euros. Là encore, il y eut des débats fiévreux. Une partie de l'équipe pensait pouvoir " prendre un tuyau, mettre un truc au bout et filmer ". Jacques-Fernand intervient : " Messieurs, mon expérience des objets volants ou navigants me dit que ce n'est pas aussi simple que ça. Car tout objet plongé dans un fluide, qui plus est à une vitesse de dix nœuds, va osciller et faire n'importe quoi. " Il existait deux engins de ce genre, équipés de caméras semi-professionnelles. Le premier bricolé par un Sud-Africain, l'autre par un Allemand qui a vu sa merveille engloutie par une orque. Mais Jacques Perrin veut y introduire une caméra numérique de taille réduite donnant une qualité d'images incomparable. Philippe Ros travaillera un an sur un système de fibre optique.

Quant à Jacques-Fernand, l'hydrodynamique n'est pas son fort, il lui faut des experts. Ceux qu'il connaît conçoivent des submersibles ou des torpilles qui coulent des navires. Ils sont à la direction générale de l'armement. Va pour la DGA, qui se prend au jeu. Elle met à disposition ses bureaux d'études, ses bassins de carène et son grand tunnel hydrodynamique, à Val-de-Reuil, près de Rouen, où on teste les maquettes de sous-marins. Résultat, un bijou de technologie qui restera dans les annales. Alexandre Bugel, lui, doit imaginer des outils de manutention pour mettre rapidement la torpille à l'eau et l'en sortir, ainsi que le système de déroulement des 100 mètres de fibre optique qui relient la torpille au bateau. La coque argentée, fabriquée en matériau composite, fibre de verre, acier et plastique, est confiée à un petit industriel toulonnais qui travaille déjà pour la DGA et l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Au premier essai, l'engin se retourne, ventre à l'air. Les ingénieurs se sont trompés dans les calculs du centre de gravité. Il faut retourner dans les bureaux d'études, rectifier la forme et le lestage. L'engin dont tout le monde redoute qu'il soit avalé par une baleine est baptisé Jonas. Il contient une moitié de caméra numérique, le câble en fibre optique communiquant des informations à l'autre moitié de la caméra, restée à bord. Le film n'exploitera que 1 ou 2 % des images prises avec Jonas au Costa Rica, à San Diego, en Alaska. Mais elles sont indispensables.

Dans le souffle de la baleine

Les innovations se succèdent au rythme des besoins, qui s'accélèrent. Deux mini-hélicoptères de 12 kg, du modélisme pur, équipés d'une caméra 35 mm, pour les prises de vues aériennes au ras de l'eau. Là encore, il faut trouver un système pour stabiliser l'horizon. Puis une fois trouvé, une collision avec un oiseau met un des deux engins hors service. Mais le résultat est là : " On est dans le souffle de la baleine bleue ", s'émerveille François Sarano, biologiste, coscénariste du film et plongeur, à son retour du golfe de Californie. Le "mi-air mi-eau", bricolé en deux semaines à l'aide d'un caisson, de deux flotteurs en polystyrène, trois boulons et deux morceaux d'autocollant : grâce à lui, on filme à la fois dans et hors de l'eau – idéal pour les phoques, otaries ou loutres qui nagent la tête à l'air libre. Le scooter sous-marin à gravité zéro, soit un propulseur et un guidon. L'opérateur allongé sur le ventre avance à 8 nœuds parmi les dauphins, et complète les angles de prise de vues. Deux moteurs prototypes ont déjà explosé aux essais. La " polecam ", un caisson fixé à une tige qui amène la caméra sous la coque du bateau et permet de filmer par gros temps sans mettre l'opérateur en danger.

" Si l'on éclairait l'eau sans qu'elle paraisse éclairée ? ", rêve Jacques Perrin à voix haute. Le tournage est largement avancé. Faire croire, n'est-ce pas la fonction du cinéma ? Alors, si l'on recréait la lumière de la lune, si l'on rendait à la nuit sous-marine sa réalité mystérieuse ? On ne connaît d'elle que des gros plans écrasés sous les kilowatts d'un projecteur. Filmer en plan large la vie nocturne d'un récif, cela n'a jamais été fait. Jacques Cluzaud et Philippe Ros imaginent un studio sous-marin à 6 mètres de profondeur. Les plans tournés au large d'Edithburgh, près d'Adélaïde en Australie, dans un décor naturel de cimetière sous-marin où sous l'effet des projecteurs les coquillages retournés évoquent des tombes, sont convaincants. Effet Sleepy Hollow garanti. Le tournage en Polynésie dans une zone corallienne de 100 mètres de long sur 40 mètres de large, avec une installation de lumière qui recrée l'effet de houle, a permis de filmer une attaque de mollusques sur les grandes étoiles de mer.

Reste à filmer le blooming, la naissance du corail dans le golfe du Mexique, au moment où les gamètes surgissent des polypes sous forme de petites boules blanches et partent au loin fertiliser d'autres atolls, telle une tempête de neige sous-marine… Féerique. Mais toutes les technologies les plus poussées ne servent à rien si les animaux ne sont pas au rendez-vous. Combien de centaines de kilomètres sur un pneumatique tape-cul à sillonner, bredouilles, des mers qui, pour les grands mammifères pélagiques, ont la taille d'un jardin ? On cherche dans un atoll polynésien les baleines à bosse qui chantent et dansent. Hélas !, le sabbat annuel a lieu dans un autre coin de paradis. On part en Antarctique filmer la chasse aux manchots des léopards de mer. Lesquels, cette année-là, sont au régime crevettes… Grâce à ces images au plus près des animaux, les scientifiques découvrent des comportements qu'ils ignoraient. L'ornithologue s'interrogeait sur ce que devenait, sous la surface de l'eau, le fou du cap, qui plonge en piqué à 100 km/h. Poursuit-il le poisson ? Continue-t-il sa trajectoire ? A une telle vitesse, quels mouvements son corps fait-il ? Désormais, il sait. Grâce à la maniabilité du caisson sous-marin, Didier Noirot a réussi à filmer en Antarctique une maman phoque de Weddell qui, entièrement immergée dans l'eau et sous la glace, "parle" à son fils resté sur la banquise. Sa bouche s'ouvre et se ferme, articule, dans l'eau. Stéphane Durand sait que pareille scène n'a jamais été vue. Les scientifiques ont-ils seulement connaissance de ce phénomène ? Au final, à l'écran, toutes ces prouesses technologiques s'effacent. Elles nous donnent accès à la vie de la mer telle qu'aucun humain ne peut la voir, telle qu'elle a toujours existé, de toute éternité. On oublie les procédés inventifs qui ont permis ces images devant le spectacle d'une baleine à bosse endormie dans l'immensité vacante d'une mer australe. Devant la danse du plongeur Didier Noirot avec une autre créature monumentale qui replie sa nageoire pour ne pas bousculer le petit être à palmes. Bouleversant, le bébé phoque de l'Antarctique qui scrute avec confiance son reflet dans un trou d'eau. A quelques centimètres sous la surface, Didier Noirot, équipé du circuit fermé et du caisson, capte son regard qui plonge dans le nôtre et nous parle…

Orgie Primitive

La séquence la plus spectaculaire n'aurait pu exister sans les efforts conjugués de tous les engins. Celle du sardine run, au large de la côte du Transkei (Afrique du Sud). Les dauphins se donnent rendez-vous pour chasser les sardines. Affolées, celles-ci se regroupent en boule. Une boule d'appâts. C'est la curée. Baleines, otaries, goélands, fous du Cap, surgissent de nulle part et se gorgent. Des nuées d'oiseaux tombent en piqué dans l'eau, volent dans les palmes de plongeurs… A la surface, mini-hélico et Thétys, au-dessous, Jonas, les caméras numériques, les caissons sous-marins placent le spectateur au cœur de l'orgie primitive, d'une violence inouïe. A 200 jours de la fin du tournage, Jacques Perrin disait avoir renoncé à filmer l'univers des grands fonds, au-delà de 50 mètres. C'est-à-dire à utiliser des submersibles ultraprécieux qu'il faudrait bricoler. Son équipe n'y croit qu'à moitié.

Dominique de Saint Pern
Source:
http://www.lemonde.fr
Commentaires (1)Add Comment
Au delà de la passion , il y a vraiment du rêve, et ce rêve se communique, par le film, les images et les aventures qu'ils génèrent.
Ecrit par carole, août 20, 2008
j'ai eu la chance de participer de loin à cette aventure (mon mari fait partie de l'équipe de tournage), et je dois dire que c'est avec délectation que j'ai vu ces hommes assouvir leur soif de découverte, j'ai admiré leur ténacité. Leurs yeux brillent de mille feux quand ils sortent de l'eau alors qu'ils devraient être rouges de fatigue....c'est vraiment cool de voir ces hommes ...ces gamins sortir de l'eau, le regard plein de rêve....belle aventure....on attend de voir les images ......pour que d'autres rêvent.....

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