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Plongée sous-marine au centre de plongée des Glénans

Cap sur l'archipel finistérien des Glénan. En 1960, des plongeurs sous-marins y ont bâti un centre de formation de plongée. Chaque année, près de 6 000 stagiaires y sont encadrés par une centaine de moniteurs de plongée. Cinquième volet de notre série d'été sur les tribus.

Sous un petit vent marin, deux promeneurs discutent en portant négligemment sur l'épaule une bouteille d'air comprimée. Sur l'île Saint-Nicolas, l'île principale de l'archipel des Glénan, au large de Concarneau, ça n'a rien d'étonnant. D'avril à novembre, l'endroit est essentiellement peuplé de plongeurs sous-marins, hébergés dans les spartiates locaux du centre international de plongée, le Cip, presque aussi réputé que sa soeur aînée, l'école de voile qui, elle, colonise tout l'archipel.

Chaque année, dès le printemps, les amateurs de mondes sous-marins, novices ou habitués, y convergent par vagues hebdomadaires pour une semaine, quinze jours ou le week-end. Laurent et Florence Cayatte, responsables du Cip les accueillent. Un brin de causette pour les nouveaux, une rapide présentation des lieux, et les voilà dans le bain.

Le centre est installé face au quai, dans une maison comme on les fait en Bretagne qui abrite, dans un minimum de mètres carrés, cantine, cuisine, sanitaires, salles de cours et chambres à l'étage. Deux dortoirs sont installés dans deux bâtisses un peu plus reculées. C'est un peu comme une colonie de vacances à l'ancienne. Sauf qu'ici, les moniteurs sont tous des plongeurs confirmés qui, pour la plupart, viennent bénévolement encadrer les novices. « Nous troquons souvent de la formation contre de l'encadrement. Certains des moniteurs formés deviennent ensuite membres de l'association du Cip et reviennent régulièrement pour encadrer les 'palanquées' » (groupes de deux ou trois stagiaires par moniteur).

Sans se faire prier, car les fonds des Glénan sont très riches. Ils offrent des balades dans des forêts de grandes algues brunes plates (les laminaires) ; dans les prairies vertes de zoostères ; des descentes le long de tombants rocheux grouillants de vie animale et même la visite d'épaves...

À la cantine, impossible de repérer les moniteurs. Ils sont aussi bien hommes que femmes, Parisiens que Bretons, ronds que filiformes, blonds que grisonnants, militaires que professeurs, retraités qu'étudiants. Et ils ont chacun leurs raisons d'aller voir au fond. Fannie Baudiment, jeune Nantaise, a été poussée à l'eau par les émissions de Cousteau. Tout comme Rodolphe Guigo, un prof de sport qui encadre une classe du lycée parisien Bossuet-Notre-Dame. Le militaire Sébastien Lamagdeleine, dit « Buzz », y aime le silence et la sensation d'apesanteur. Benoît Clément, souriant moniteur permanent, explique d'une voix posée qu'il y va parce qu'en bas, « il n'y a pas de grande gueule ». Et ajoute qu'il faut accepter d'y vivre au ralenti pour voir la vie autour de soi alors même que le temps d'immersion est compté...

Éliane et Marc Floury y sont venus seulement quand leurs trois enfants ont quitté le nid, voilà plus d'une vingtaine d'années pour ne pas rester « comme des vieux cons à la maison ». Alain Lannick y coule doucement sa deuxième vie. La première s'est finie dans les flammes, sur une plateforme pétrolière du Golfe persique. Quand il s'est mis à l'eau ici, il ne savait même pas nager.

Autant de gens différents, autant de raisons différentes. Des gens qui se retrouvent pour quelques jours, quelques semaines, se séparent pour des mois ou des années, se retrouvent encore. Sur le bateau qui les emmène sur leur site de plongée, ils se comprennent pourtant à demi-mots. Benoît Clément et Michel Denais, instructeur national, se déshabillent sans façon pour enfiler leur combinaison aspergée de shampoing. Ça glisse mieux. Florence explique « C'est mieux d'être tout nu, parce que le maillot fait des plis, il roule, c'est désagréable. »

D'autant qu'après la plongée, il faut vite se changer. Resté dans une eau à 12 ou 13° pendant près de 30 minutes, le corps a trop froid pour être pudique. « Il faut se mettre au sec dans le coton. » Assise à l'abri du vent, Émilie, toute jeune stagiaire niveau 4, sourit : elle ne fait plus attention à ça depuis belle lurette. Les femmes se sont glissées dans les palmes des hommes sans rien demander, dans les années 70. Pascal Berezay, responsable du centre de plongée de Bénodet précise : « Sur le continent, on a un vestiaire séparé pour les filles et les garçons... Mais seulement depuis cette année. »

Source: Philippe GARREAU / www.ouest-france.fr
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