
Chaque année, plus de
100 millions de squales sont pêchés pour leurs ailerons. Tout autour du globe, les populations disparaissent. Reportage de Nicolas Maury près de Durban en Afrique du Sud
. Remontant sur son zodiac après une heure de plongée, Trevor Krull ne cache pas son dépit. «Avec le réchauffement climatique et l'inversion des courants, les conditions de départ sont déjà biaisées. Ensuite, il faut ajouter la stupidité humaine. Je ne vois pas comment les choses pourraient s'améliorer.»...
A une dizaine de kilomètre de Shelly Beach, dans la province du KwaZulu-Natal, le récif de Protea Banks se veut un haut lieu de rencontre avec un squale considéré comme l'un des plus dangereux de la planète: le requin bouledogue. Pouvant atteindre les 3,5 m, connu sous le doux nom local de «zambezi», il vit volontiers dans les estuaires et peut remonter les rivières d'eau douce.
Pris de passion pour ce prédateur - il a baptisé son minuscule caniche «Zam», Trevor organise chaque jour depuis 1994 des immersions sur le site. Malgré des courants atteignant parfois plus de quatre noeuds et la présence des requins, il n'a jamais eu d'accident à déplorer.
Aujourd'hui, il tire la sonnette d'alarme: «Les zambezis sont de moin
s en moins abondants. Nous sommes à la haute saison et nous devrions les voir par dizaines. Mais vous l'avez constaté vous-même: f... nothing!»
En quatorze immersions, et hormis la présence fugace d'un requin tigre de plus de quatre mètres, un seul zambezi daignera faire son apparition.
Jusqu'au début des années 2000, Protea Banks était un rendez-vous incontournable en Afrique du Sud, au même titre que Gansbaaï pour les grands blancs et Aliwal Shoal pour les tigres. «Le récif est aujourd'hui presque mort. Les populations décroissent depuis deux ans, et le phénomène s'accélère.»
Les coupables, Trevor les désigne sans sourciller: les pêcheurs. Au port tous les matins, il n'est pas rare d'en croiser. «Vous espérez voir des requins aujourd'hui? Alors achetez un nouveau masque», lance, goguenard, l'un d'entre eux.
Quelques dizaines de kilomètres au nord, une pêcherie a ouvert ses portes à Port Shepstone voici un peu plus de deux ans.
«Depuis lors, tout va de travers», commente Trevor. «L'usine achète les requins de toutes tailles pour leurs ailerons, revendus en Asie. Les pêcheurs utilisent des flotteurs pour les attraper. D'énormes hameçons reliés à des bouées de surface permettent d'attirer les requins plus gros que ceux traqués habituellement. Cette technique est aussi employée dans les zones protégées. C'est illégal et revient à aller braconner le lion dans le parc Kruger.» Pourtant, malgré l'appel de plusieurs organismes, le gouvernement ne fait rien. «Les gens voient toujours le requin comme un animal dangereux et estiment que le monde se porterait mieux sans lui. D'un autre côté, avec la criminalité en Afrique du Sud, les autorités ont d'autres chats à fouetter.»
Las de jouer les Don Quichotte, Trevor Krull a pris sa décision. «Protea Banks, c'est fini.» Dorénavant, il emmènera les plongeurs au sud du Mozambique. «Comme ils ne sont pas encore traqués, on y trouve encore une bonne population de zambezis.» Pour combien de temps?
Auteur: Nicolas Maury
Source: Blog Plongée Le NouvellisteCrédit Photo publiée: Alain Bornet -
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